Le Chili s’est trouvé durement affecté par la crise du coronavirus ce printemps et cet été 2020. Un des secteurs-clé de son économie, celui de l’agriculture et de la sécurité alimentaire, n’a pas échappé à la tourmente. Dans ce cas-ci aussi, Il est clair que des leçons devront être tirées et qu’il faudra trouver de nouveaux modes de fonctionnement. Il reste que le Chili demeure l’une des puissances exportatrices d’Amérique latine en matière d’aliments transformés et que le secteur s’oriente de plus en plus vers des produits de niche à haute valeur ajoutée nécessitant l’apport d’innovation technologique notamment de l’étranger. Autant d’opportunités d’affaires qui s’offrent à nos entreprises.

L’AWEX Santiago a participé récemment à un webinaire organisé par le Ministère de l’Agriculture sur les nouvelles tendances de marché chilien de l’agro-alimentaire. En voici le résumé.

Intervenants :

M. Antonio Walker Prieto, Ministre chilien de l'agriculture

M. Julio Berdegué, Représentant Régional FAO

M. María Emilia Undurraga, Directrice de l’ODEPA

M. Felipe Harboe, Sénateur

M. Rodrigo Galilea, Sénateur

M. Arturo Guerrero, Représentant de La Vega Central

M. Froilan Flores, Présidents des Marchés Libres chiliens

L’AGRICUTURE CHILIENNE

L'agriculture chilienne est intensive et diversifiée en raison de la géographie du pays, offrant une ample variété de produits agricoles. De ce fait, l'agriculture chilienne représente un pourcentage important des exportations chiliennes vers d'autres pays. Les bonnes conditions climatiques, ainsi qu’une très vaste dispersion territoriale et agro climatique sont des avantages indéniables pour ce secteur.

Premier producteur de l'hémisphère sud et leader mondial dans l'exportation de produits tels que les cerises, les prunes et les myrtilles, le Chili est un acteur reconnu dans l'industrie mondiale des fruits et légumes. En 2019, le segment des fruits a atteint des exportations record de plus de US$ 5.878 millions, générant une augmentation de 3,6% par rapport à 2018. Le Chili a 26 Traités de Libre Commerce avec différents pays, dont un Traité avec l'Union Européenne, favorisant ainsi les activités d’échanges et de Commerce Extérieur.

Au cours de la période de janvier-novembre 2019, le raisin s’est consolidé comme premier produit chilien exporté avec une part de 24,5%, suivi par les cerises (17,1%), les pommes (15,6%), les myrtilles appelées « Arandános » (12,1%) et les avocats (6,8%). En novembre 2019, les principaux marchés de destination des fruits frais étaient l'Asie et l'Océanie (34,8%), l'Amérique du Nord (30,6%) et l'Europe (20,6%). Le secteur d’aliments bio poursuit également sa consolidation sur les marchés internationaux.

Cependant, l’un des grands problèmes du pays est la perte dans la production nationale qui s'élève à 30%. Différents projets de loi sont actuellement en cours afin de répondre au problème de façon urgente.

Exportations 2020 (premier trimestre)

Au cours des trois premières semaines de mars, alors que le coronavirus se propageait en Europe et aux Etats-Unis, les exportations chiliennes ont reflété moins de mouvements en raison de la baisse de la demande des principaux produits destinés à l'étranger.

Au 23 mars, les données de la Banque centrale montrent que les exportations totales ont chuté de 8% par rapport à la même période l'an dernier. Malgré le résultat négatif, il montre une certaine « amélioration » par rapport à la première quinzaine de mars, où la contraction était de 14%.

Par type de produit, le principal produit d'exportation du Chili par excellence, le cuivre, a totalisé US$ 2.131 millions, démontrant une baisse de 8%. Le secteur minier en général s'est contracté de 5,8%. Le secteur industriel a chuté de 14%. Le secteur de la cellulose et du papier a chuté de 41% pour atteindre 163 millions de dollars américains, et les produits chimiques (molybdène, iode, entre autres) ont baissé de 21,7%.

L’exportation d’aliments a baissé de 3,3% totalisant US$ 627 millions. Dans cette catégorie, les ventes à l’étranger de saumon se sont contractées de 16,3% pour un total de US$ 285 millions. Le vin en bouteille enregistre également une baisse de13%. Dans le secteur des fruits, les exportations de raisins ont diminué de 2,3% pour atteindre les US$ 188 millions.

Mais tout n'a pas chuté durant cette période. Ainsi, dans le secteur des fruits, les myrtilles ont connu une augmentation de 86% pour  un montant de US$ 59 millions. Une mention spéciale pour la viande de porc qui a atteint des montants d'exportation de 45 millions de dollars, soit une augmentation de 37,2%.

Importations 2020 (premier trimestre)

Les importations totales ont atteint 9.668 millions de dollars CIF en février 2020, soit 9,7% de moins que celui enregistré à la même période de 2019.

24,7% des importations proviennent de Chine, principal fournisseur du Chili, mais ses ventes au Chili ont baissé de 14,5% par rapport à la période précédente. La deuxième place des importations est occupée par les Etats-Unis avec une part de 20,0% et 1.938 millions USD de livraisons vers le Chili. Les importations en provenance des Etats-Unis ont augmenté de 8,1%. Les importations en provenance d'Europe ont enregistré une baisse de l'ordre de15,4%.

En février 2020, les importations du secteur des carburants et lubrifiants correspondent à 18,7% ; elles ont augmenté de 11,8% par rapport à la même période en 2019. En ce sens, les produits pétroliers et diesel représentent 67,6% des achats totaux dans le secteur des carburants, totalisant respectivement 716 et 503 millions USD, avec une augmentation de 33,6% par rapport à février 2019.

Les secteurs de l'alimentation et de l’industrie textile ont contribué respectivement à 8,6% et 7,4% des importations totales du secteur de produits non combustibles entre janvier et février 2020. Parallèlement, les importations de produits non combustibles, au cours de janvier-février 2020, ont enregistré une baisse de 13,5% par rapport à 2019, représentant 81,3% du montant total des importations du pays. Les achats d’équipements et de machines présentent une variation négative de 3,6%, ce qui implique une baisse de 67 millions USD par rapport à 2019.

Sécurité Alimentaire et le droit humain de s’alimenter

Avant la pandémie, 600.000 personnes résidant au Chili souffraient déjà d'une grave insécurité alimentaire. Avec l'arrivée de la pandémie, 400.000 personnes s’ajoutent, totalisant un nombre d’un million de chiliens en souffrance alimentaire. Le gouvernement a créé un fonds, le Bono COVID-19 qui est une aide financière de l’état, dans le cadre du Plan d'urgence économique, et profitera aux personnes les plus vulnérables.

Divers organismes d’état repartissent des paniers alimentaires pour les familles les plus démunies. Il existe également beaucoup de réseaux d’entraide et de solidarité envers les familles les plus vulnérables.

Paradoxalement, un autre aspect abordé en matière d'insécurité alimentaire au Chili est l'obésité qui touche plus d'un tiers de sa population, l'obésité infantile étant également inquiétante. Les produits sains comme les fruits et légumes sont pourtant abondants toute l'année et accessible à la majorité. Le Chili possède d’ailleurs de grands marchés libres de fruits et légumes. 70% de sa population s'approvisionne dans ces marchés connus sous le nom de « feria ».

Le pays possède 300.000 agriculteurs dont 285.000 petits. 93% ont moins de 12 hectares d'irrigation de base (93% de petits agriculteurs). L'agriculture utilise plus de 70% de l'eau au Chili, étant ainsi le principal consommateur d'eau douce. L'utilisation de l'eau est essentielle pour augmenter la productivité de l'agriculture et assurer sa production au fil des ans. Cependant, les changements climatiques, la méga sécheresse entraînent des conséquences importantes.

La production deviande bovine a un bon avenir de croissance, notamment pour la grande dispersion territoriale, climatique de l’élevage et son système de pâturage libre. Actuellement, 11% de sa production est destinée à l'exportation.

Pandémie COVID-19

L’agriculture mondiale a incontestablement été touchée par l'arrivée du nouveau coronavirus. La Chine, puissance mondiale, est l'un des principaux partenaires commerciaux de pays tels que les Etats-Unis, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Royaume- Uni, la France et le Chili, entre autres. Les échanges commerciaux ont été réduits.

Comment la pandémie affecte-t-elle les systèmes alimentaires, la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance agricoles ? La réponse à cette question et à d'autres est incluse dans les questions fréquemment posées, qui sont mises à jour, à mesure que de nouvelles informations et données sont disponibles, vu les moments difficiles que traverse actuellement le pays.

La chaîne d'approvisionnement alimentaire est un réseau complexe impliquant les producteurs, les consommateurs, le matériel agricole utilisé, les processus de stockage, transport et commercialisation, etc. Avant l’arrivée de la pandémie, le stock mondial était positif. Aujourd’hui, le Chili a un stock de réserve d'aliments qui est important et suffisant pour traverser la saison de l'hiver. Pour l'instant, les disponibilités alimentaires sont donc suffisantes. Les marchés restent stables, mais à suivre dans le courant des prochaines semaines. Les réserves mondiales de céréales sont à des niveaux confortables et les perspectives pour 2020 sont positives pour le blé et les autres principaux aliments de base.

La préoccupation concerne les petits agriculteurs qui se voient affectés par la pandémie. L'état propose de les soutenir et devrait injecter prochainement des aides économiques à ces producteurs locaux qui représentent 93% de l’agriculture chilienne. De plus, bien que la diminution de la production des fruits et légumes soit une probabilité, elle n'est pas encore bien définie en raison du confinement et de la perturbation de la chaîne de valeur.

Dans le secteur de la pêche et de l'aquaculture, les impacts peuvent varier en complexité. Dans le cas des pêches de capture, la limitation du nombre de navires de pêche autorisés à opérer (en raison de la diminution de la consommation et des mesures sanitaires difficiles à respecter à bord d'un navire) peut avoir un effet domino tout au long de la chaîne de valeur en termes d'approvisionnement de produits en général et de disponibilité d'espèces spécifiques. De plus, dans le cas des pêches de capture et de l'aquaculture, les problèmes logistiques liés à la restriction des transports, à la fermeture des frontières et à la réduction de la demande dans les restaurants et les hôtels peuvent générer des changements importants sur le marché, ce qui affectera également les prix.

Localement, les prix de certains produits alimentaires ont augmenté, principalement en raison de problèmes logistiques locaux ou de difficultés d'importation.

Pour soutenir les agriculteurs et leurs organisations dans les mois à venir, il est important de permettre aux travailleurs saisonniers et aux opérateurs de transport de pouvoir traverser les frontières nationales et internationales. Une autre bonne pratique consisterait à identifier les centres de collecte plus proches des producteurs, par exemple en développant des installations de stockage telles que des plates-formes de système de réception d'entrepôt où les agriculteurs peuvent livrer leurs produits sans se rendre sur les marchés. Si possible, permettre aux marchés locaux de rester ouverts, tout en établissant des mesures physiques strictes de distanciation à l'intérieur et à l'extérieur de ceux-ci. Si possible, délocaliser les marchés vers de plus grands emplacements, tout en garantissant l'existence d'une infrastructure adéquate pour maintenir la qualité et la sécurité sanitaire des aliments.

Cette crise a révélé des inégalités dans le système alimentaire et il n'est pas possible de continuer à agir comme d'habitude. Le Comité sur la sécurité sanitaire des aliments (CSA) travaille actuellement sur les directives des systèmes alimentaires et de nutrition, afin de réorienter et moderniser les méthodes et les processus, notamment pour réduire les pertes dans la production qui pèsent en ces temps de crise. Le CSA a également publié un document de réflexion intérimaire sur l'impact du COVID-19 sur la sécurité alimentaire et la nutrition qui contribue à la réflexion. La FAO travaille également activement sur la façon dont les systèmes alimentaires doivent être transformés pour faire face à des pandémies telles que COVID-19.

Le Chili a un grand potentiel et tend vers des marchés de niche de haute qualité. Cela implique de transformer et d'intensifier les systèmes de production, avec une amélioration à la fois en quantité et en valeur nutritive.

Sources: Ministère chilien de l’Agriculture https://www.facebook.com/watch/?v=270361774312500

Food and Agriculture Organization of the United Nations - FAO http://www.fao.org/

Servicio Nacional de Aduanas de Chile  https://www.aduana.cl/

 

AWEX Santiago

Juin 2020

 

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