En mars dernier, le gouvernement chinois a adopté son 14ème plan quinquennal (2021 – 2025). Très général, ce dernier énonce néanmoins certaines priorités comme l’économie, l’innovation et l’environnement. En 2020, la Chine a pu surmonter les difficultés économiques liées à la pandémie en affichant une croissance positive de 2,3% de son PIB. Pour 2021, le Premier ministre a annoncé un objectif de croissance d’au moins 6%. Ainsi, l’État se laisse une belle marge de manœuvre, puisque le PIB devrait augmenter d’environ 8% selon les experts chinois et étrangers. Cet objectif peu ambitieux reflète que la croissance « à tout prix » n’est plus la priorité. Dans ses divers plans, le gouvernement met désormais l’accent sur un développement qualitatif et efficace, afin d’endiguer les risques systémiques et structurels (endettement, vieillissement de la population, faible consommation domestique, inégalités croissantes, problèmes de financements, etc.). La Chine souhaite également devenir un pays à haut revenu d’ici 2025 grâce à une meilleure gouvernance économique. La notion de « prospérité commune » fait enfin son apparition, consistant en une meilleure répartition des richesses, une hausse du niveau de scolarité et de l’emploi, une réduction de la pauvreté, ainsi qu’une augmentation significative du niveau de vie des citoyens.

1.ÉCONOMIE ET COMMERCE

Le principal point est la mise en place d’une économie de « circulation duale », visant à promouvoir la consommation domestique et renforcer la résilience économique du pays. Ce basculement progressif vers une « circulation interne » (Chine), avec la « circulation externe » (internationale) en simple soutien, s’inscrit dans les objectifs plus larges de développement intérieur du pays (ex. « Made in China 2025 »), de fortification de certains secteurs stratégiques (ex. semi-conducteurs) – au risque d’alimenter les surcapacités – et de contournement de sanctions commerciales internationales (ex. États-Unis). L’ « ouverture de la Chine », annoncée par Xi Jinping, restera donc contrôlée et sélective en termes géographiques et sectoriels. L’industrie manufacturière, l’agriculture, l’urbanisation et les technologies digitales apparaissent par ailleurs prioritaires. En effet, la part du numérique dans l’économie devrait passer de 7,8% en 2020 à 10% en 2025 (commerce électronique, paiement digital, transports, santé, etc.). Le secteur tertiaire reste également important avec une part de 53% du PIB.
Cette nouvelle approche aura un impact global sur les flux commerciaux et d’investissements, et pourrait se révéler source de tensions avec le reste du monde. Il sera ainsi plus difficile pour les entreprises étrangères d’exporter vers le marché chinois, si ce n’est pour les nouvelles technologies. Malgré sa volonté d’autosuffisance, la Chine compte bien utiliser les ressources innovantes de l’étranger pour stimuler son développement économique. En effet, Pékin encourage les entreprises étrangères installées en Chine à produire davantage pour le marché intérieur, appuie en priorité les importations de haute qualité dans les secteurs clés, s’engage à réduire les impôts pour les PME en facilitant leur financement, pousse au transfert de personnel scientifique et enfin promeut les les investissements étrangers (surtout en R&D) sur le territoire en réduisant la liste négative qui les vise. 

Pour plus d’informations sur le sujet :
Présentation du China Centre for SMEs : https://1drv.ms/b/s!AmRlf85z7sXnlnWM5yneEAJTi2Tt?e=TjPikP
Rapport EuroBiz (avril) : https://staticeurobiz.europeanchamber.com.cn/wp-content/uploads/2021/04/EURObiz_2021_M-A_P.pdf

2.INNOVATION

Ces dernières années, les trajectoires technologiques des États-Unis et de la Chine ont été étroitement liées.  On assiste cependant aujourd’hui à une augmentation de la suspicion mutuelle et à des initiatives visant à mettre fin à ce niveau extraordinaire d'interdépendance. L'effet global est un degré croissant de séparation entre les deux écosystèmes. Dans ce contexte de découplage technologique, l’innovation est au cœur du 14ème plan quinquennal. 140 pages y sont d’ailleurs consacrées, soulignant l’ambition chinoise de devenir le leader mondial en innovation d’ici 2025. Certaines villes doivent en devenir des centres globaux comme Pékin, Shanghai ou Hong-Kong. Pour atteindre ses objectifs, la Chine prévoit, entre autres, d’augmenter le budget accordé à la recherche fondamentale de 10,6% et d’arriver à une croissance annuelle de 7% des dépenses en R&D. La volonté de percée technologique est donc évidente, même si ces chiffres sont à relativiser car le pays n’a pas atteint ses objectifs en R&D lors des précédents plans quinquennaux.

Plusieurs secteurs sont indiqués comme prioritaires en matière de financement : les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle et augmentée, l’internet quantique, le spatial, l’aéronautique, les terres rares, la robotique, la génétique, les biotechnologies, les véhicules électriques, la médecine innovante, la recherche clinique, ainsi que les télécommunications et ses applications industrielles. Autant de secteurs qui offrent des opportunités aux entreprises, à condition de bien protéger leurs technologies. En effet, bien que la Chine améliore régulièrement son régime de protection de la propriété intellectuelle par la mise en place d’un cadre législatif et de tribunaux spécialisés, le système de protection des investisseurs étrangers reste inadéquat et sélectif, laissant peu de recours aux entreprises étrangères qui se font voler leurs technologies. Aujourd’hui, la protection de la propriété intellectuelle pour les secteurs stratégiques demeure, avant tout, un instrument au service du développement de la Chine, dans une optique de sécurité nationale. Des aides européennes existent, n’hésitez donc pas à y faire appel via le China IPR SME Helpdesk : https://intellectual-property-helpdesk.ec.europa.eu/regional-helpdesks/china-ipr-sme-helpdesk_en .

3.ENVIRONNEMENT

L’environnement et le développement durable continuent de faire partie des priorités du pays. Malgré un manque d’éléments concrets, le gouvernement a annoncé quelques mesures comme la réduction de la consommation énergétique de 13,5%, l’augmentation de l’utilisation des énergies non-fossiles ou un meilleur soutien financier aux technologies « vertes » (‘green bonds’). Dans les prochaines années, il y aura donc de nombreuses opportunités en Chine pour les entreprises actives dans ces secteurs. En outre, la Chine vise à atteindre son pic d’émissions de CO2 d’ici 2030 et la neutralité carbone d’ici 2060. Les mesures du plan quinquennal ont néanmoins été jugées insuffisantes par la communauté scientifique internationale pour atteindre ces objectifs, alors même que l’importance du charbon a été réaffirmée par le pays afin d’augmenter la production énergétique. Il faudra ainsi attendre des plans plus spécifiques pour voir ces ambitions mises en œuvre.
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