Contexte général

 

Depuis le début du conflit ouvert entre la Russie, l'Ukraine, et dans une moindre mesure la Biélorussie, les échanges économiques entre ces pays et le reste de l'Europe (et du monde), s'en trouvent fortement affectés. La récente offensive russe (24/02/2022) menée directement en territoire ukrainien a inévitablement des conséquences directes sur le commerce international, que ce soit en termes d'arrêt de productions/livraisons de biens et d'incertitudes sur les marchés. Des sanctions économiques ont été prises par l’Union européenne, les Etats-Unis et certains de leurs alliés (Japon, Corée du Sud, Australie...). Elles pourraient être suivies d’autres mesures, plus restrictives encore.

Pour donner un ordre de grandeur, le produit intérieur brut (PIB) russe est à peu près équivalent au PIB de l’Espagne ou à celui de la Belgique et des Pays-Bas réunis. En 2020, le  (PIB) de la Russie était de 1.293 milliards d’EUR. La Belgique, c’était 457 milliards d’EURen 2020 et les Pays-Bas 800 milliards d’EUR. Pourtant, les similitudes s'arrêtent là. Si le poids de l'économie russe peut sembler dérisoire dans les échanges internationaux, sa nature reste très orientée sur des matières premières dont l'Europe est très dépendante.

La Russie est le troisième producteur mondial de pétrole, le deuxième producteur de gaz naturel et figure parmi le top 5 des producteurs d’acier, de nickel et d’aluminium. Elle est leader mondial dans la production de palladium, indispensable à la fabrication de semi-conducteurs et puces électroniques.

Les sanctions économiques ont presque toujours des effets collatéraux sur les entreprises des pays qui les décrètent. La règle se vérifie ici pour la Russie avec les mesures décidées : en partie exclue du système financier mondial, la Russie est sur le point de plonger dans une profonde récession. Natixis estime que le produit intérieur brut pourrait se contracter de 5 % à 10 % cette année, un choc comparable à la récession de 1998 (– 5,3 %). JPMorgan juge, pour sa part, que le plongeon pourrait aller jusqu’à 35 % au deuxième trimestre et 7 % sur l’ensemble de 2022.

Wallonia Export fait le point sur les échanges commerciaux et les sanctions imposées entre les différentes régions.

Relations économiques avec la Russie

En 2020, la Wallonie a exporté pour 249.46 millions d’euros vers la Russie, principalement des produits chimiques et pharmaceutiques (15% du total des exportations de ce secteur), instruments de précision et des machines et des équipements. La Russie a été en 2020 le 26e client de la Wallonie.

Les importations wallonnes de la Russie correspondent en 2020 à 762.10 millions d’euros, ce sont principalement des métaux communs et des ouvrages de ces métaux et produits minéraux. La Russie a été en 2020 le 10e fournisseur de la Wallonie.

 

Echanges commerciaux entre la Belgique et la Russie

Alors que les entreprises internationales annoncent leur arrêt en Russie les unes après les autres, la plupart des entreprises belges (240) poursuivent leurs activités. Parmi celles-ci, on trouve des sociétés de toutes tailles, actives dans des secteurs aussi variés que la pharmacie, le transport, les matières synthétiques, la chimie et l’alimentation.

2556 entreprises belges seraient affectées directement ou indirectement par les sanctions imposées à la Russie (Altares Dun & Bradstreet). Le cabinet note 1.621 entreprises belges avec des liens indirects en Russie (contre 470 en Ukraine) dont 61 travaillant directement avec des fournisseurs russes. En 2021, les entreprises belges ont investi pour 1,5 milliard d’euros en Russie.

En 2020, la Belgique a exporté pour 2 729.79 millions d’euros vers la Russie, principalement des produits chimiques, des matières plastiques et caoutchouc et des machines et des équipements. La Russie a été en 2020 le 17e client de la Belgique.

Les importations belges de la Russie correspondent en 2020 à 4 618.35 millions d’euros, ce sont principalement des produits minéraux, des pierres et métaux précieux et des métaux communs. La Russie a été en 2020 le 12e fournisseur de la Belgique.

Relations économiques entre l'Ukraine et la Wallonie

En 2020, la Wallonie a exporté pour 58,42 millions d’euros vers l’Ukraine, principalement des produits chimiques et pharmaceutiques, des engrais, des matières textiles et ouvrages en ces matières, des produits alimentaires. L’Ukraine était en 2020 le 48e client de la Wallonie.

Les importations wallonnes de l’Ukraine correspondent en 2020 à 33,36 millions d’euros, principalement du bois et liège, des matières textiles et marchandises/produits divers.  L’Ukraine a été en 2020 le 38e fournisseur de la Wallonie.

 

Echanges commerciaux entre la Belgique et l'Ukraine

 

Avec l'Ukraine, le commerce est limité. Les exportations belges durant les 11 premiers mois de l'année 2021 représentaient 684 millions d'euros et les importations 628 millions d'euros. L'Ukraine est le 51e partenaire commercial de la Belgique et son 46e fournisseur.

Comme l'on récemment rappelé plusieurs médias belges, vers 1900, l’Empire russe comptait environ 20.000 Belges, employés par 166 entreprises belges, la plupart d’entre elles actives dans le bassin minier du Donbass (alors partie intégrante de la Russie tsariste). Le gouvernement russe de l'époque avait en effet décidé d’attirer des compétences et des capitaux étrangers pour moderniser son économie et exploiter les vastes filons de minerais de fer et de charbon facilement exploitables et récemment découvert dans le Donbass. Selon l’historien et diplomate belge Wim Peeters, "la Russie a trouvé dans les entrepreneurs belges une source de capitaux, d’expérience managériale, de savoir-faire technologique et une volonté enthousiaste de faire du profit à l’étranger". Plusieurs grands groupes industriels belges y développeront des activités comme Solvay ou John Cockerill et sa "Société métallurgique dniéprovienne du midi de la Russie" et ses "Charbonnages du centre du Donets". Au tournant du siècle, le premier investisseur étranger de la région, loin devant la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne est la Belgique. 62% des capitaux étrangers investis dans le Donbass sont belges. Une ligne directe de la Compagnie des wagons-lits reliera directement la gare du midi à Bruxelles à Dnipropetrovsk. Les échanges économiques chuteront lourdement au début du XXe siècle et sesseront pratiquement avec la révolution russe de 1917.

Actuellement, la Belgique exporte vers l'Ukraine principalement des produits chimiques, des machines et équipements et du matériel de transport. Les importations consistent en des produits agricoles, des métaux et du bois.

A l'heure actuelle, une vingtaine d'entreprises belges sont actives en Ukraine.

Sanctions internationales


Les sanctions annoncées depuis le 22/02/2022 par l'Union européenne à l'encontre de la Fédératon de Russie visent des personnes et entreprises russes impliquées dans l'escalade militaire avec l'Ukraine : les parlementaires, dont les (éventuels) avoirs dans les pays occidentaux seront gelés ; des banques finançant l'appareil militaire russe ; et des entreprises supportant ou bénéficiant des opérations militaires en Ukraine. Les sanctions ont aussi une portée économique et financière. Le commerce des deux régions séparatistes avec l’UE sera interdit. Les banques finançant les décideurs russes qui opèrent dans les territoires séparatistes seront également ciblées.


Russie, il est interdit : La vente, la fourniture, le transfert ou l'exportation vers la Russie de biens et technologies spécifiques utilisés dans des raffineries de pétrole, et des restrictions à la fourniture de services connexes ; De vendre des aéronefs, pièces détachées et équipements aux compagnies aériennes russes ; Restriction aux exportations de biens et technologies à double usage, susceptibles de contribuer au renforcement technologique du secteur russe de la défense et de la sécurité ; de vendre, de fournir, de transférer ou d'exporter, directement ou indirectement, des biens et des technologies de navigation maritime; d’investir dans des projets cofinancés par le Russian Direct Investment Fund, d’y participer ou d’y contribuer d’une autre manière.


Biélorussie, il est interdit de vendre, de fournir, de transférer ou d'exporter, directement ou indirectement, des biens et des technologies à double usage, originaires ou non de l'Union ; des biens et des technologies susceptibles de contribuer au renforcement militaire et technologique de la Biélorussie ou au développement du secteur de la défense et de la sécurité ; D'importer et de transporter dans l'Union, directement ou indirectement, les produits du bois; D'importer, de transporter ou d’acheter dans l'Union, directement ou indirectement, les produits de ciment ; les produits sidérurgiques ; les produits en caoutchouc (Pneumatiques neufs, en caoutchouc) ; les machines énumérées à l'annexe XIV, originaires ou non de l'Union à toute personne, toute entité ou tout organisme en Biélorussie ou aux fins d'une utilisation en Biélorussie.

Mises-à-jour en temps réel :

1) Vous pouvez vous tenir à jour des mesures restrictives prises par l'UE en réaction à la crise en Ukraine : https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/sanctions/ukraine-crisis/

2) La communication officielle de la Maison Blanche (USA) sur les nouvelles sanctions contre la Russie : https://www.whitehouse.gov/briefing-room/statements-releases/2022/02/24/fact-sheet-joined-by-allies-and-partners-the-united-states-imposes-devastating-costs-on-russia/

3) La plateforme Access2Markets a été mise à jour et contient désormais des informations sur les sanctions de l'UE, aussi bien pour les exportations à partir de l’UE que pour les importations dans l’UE. La plateforme contient également les sanctions adoptées par les pays tiers imposant des interdictions sur les importations de l'UE dans ces pays.

4) La Commission a publié un guide de questions fréquemment posées sur les restrictions liées à l'exportation de biens à double usage et d'articles de haute technologie vers la Russie et le Bélarus.

FAQs on export-related restrictions in view of Russia's actions destabilising the situation in Ukraine (europa.eu)

5) Si vous souhaitez consulter les documents officiels, le site Internet de la Commission européenne eu égard aux sanctions adoptées s’avère également pratique : Sanctions adopted following Russia’s military aggression against Ukraine | Commission européenne (europa.eu)

 

Par ailleurs, voici les coordonnées et liens utiles liés à la mise en œuvre de ces sanctions :

Les contre-mesures russes

En réponse aux mesures prises contre la Russie et aux sanctions ukrainiennes contre son secteur aérien, l'Agence fédérale russe du transport aérien (Rosaviatsija) a décidé le 28 février de fermer l'espace aérien russe aux compagnies aériennes de 36 pays, dont les 27 États membres de l'UE.

En outre, la Russie a également décidé d’interdire le transfert des devises à l’étranger et d’introduire des restrictions à la sortie des investisseurs étrangers.

Les décisions suivantes notamment ont été prises :

  • Obligation pour les exportateurs de vendre 80% de leurs revenus engrangés en devises étrangères à partir du 1er janvier 2022.
  • Détermination par la Banque centrale de Russie de la procédure de vente des devises étrangères par les exportateurs.
  • Interdiction pour les résidents russes de proposer des prêts en devises étrangères ou de transférer des devises étrangères sur des comptes bancaires en dehors de la Russie.
  • Interdiction de sortir de Russie des espèces en devises étrangères pour un montant supérieur à 10.000 USD.
  • Octroi des autorisations par la Commission russe de contrôle des investissements étrangers en Russie.
  • Dispositions spéciales pour les transactions en matière de crédits et de prêts (en roubles), la propriété de titres et de biens immobiliers.

Le gouvernement russe a établi une liste de biens et d’équipements précédemment importés en Russie depuis l’étranger, dont l’exportation sera temporairement interdite. Cette décision, adoptée sur la base d’un décret présidentiel, sera en vigueur jusqu’à la fin de 2022 : technologies liées aux télécoms, équipements médicaux, véhicules, machines agricoles, équipements électriques - au total plus de 200 produits, dont wagons et locomotives, conteneurs, turbines, machines de traitement des métaux et des pierres, moniteurs, projecteurs, consoles et panneaux.

De plus, le décret restreint temporairement l’exportation de certains types de bois vers les pays figurant sur la liste des ‘pays hostiles’ (dont la Belgique).

Impacts économiques

Le commissaire européen Paolo Gentiloni a annoncé qe l'invasion russe affectera la relance économique postcovid de l'UE, mais sans la faire dérailler. Parmi les facteurs de risques qu'il a cité figurent l'impact sur les marchés financiers des sanctions européennes contre la Russie et d'éventuelles représailles russes, des goulets d'étranglement qui se confirmeront dans la chaîne d'approvisionnement, la pression sur les prix de l'énergie et l'impact sur la confiance des consommateurs. En février, la Commission avait estimé à 4% la croissance économique pour 2022.

 

1. Exportations

La portée des sanctions européennes et américaines et les contre-sanctions russes vont compliquer les transactions financières et échanges commerciaux des entreprises, quelles que soit leur taille. Actuellement, 7 banques russes ont été exclues du système de paiements internationaux SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication). Seules les deux plus grandes banques russes n'ont pas encore été visées par ces sanctions et donc, de facto, la Russie n’a pas encore été totalement déconnectée du système. Il est toutefois attendus que les échanges vont devenir de plus en plus compliqués.

Que ce soit pour le transports aérien de marchandises ou de personnes, les Etats-Unis, le Canada, le Royaume-Uni & l'UE (en ce compris la Belgique) ont fermé leur espace aérien à tous les aéronefs russes. En retour, la Russie a procédé à des mesures similaires pour les pays pré-cités.

En Wallonie, la fermeture de l’espace aérien belge aux compagnies russes pourrait conduire à des mesures de chômage économique au sein de l'aéroport de Liège. Ce dernier accueille sur son tarmac deux compagnies cargo russes: Atran, (3 à 6 vols/semaine) et Airbridge Cargo (11 vols hebdomadaires pour 6% du tonnage annuel de l'aéroport).

 

2. Energie

La Russie en est, de loin, le premier fournisseur : presque la moitié des combustibles solides (charbon, bois, etc.) achetés par l’UE vient de Russie, 41 % du gaz et 27 % du pétrole. Plus largement, les 3/5e de l’énergie consommée dans l’UE sont importés, ce qui rend les pays membres vulnérables à la forte hausse des prix exacerbée par le conflit, qu’ils achètent leur gaz et leur pétrole aux Russes ou non.

Le marché belge, quant à lui, est peu dépendant des livraisons de gaz russe, mais les prix sont, eux, fixés dans un marché mondial; des prix qui risquent de s’envoler. Ce marché est déjà tendu depuis plusieurs mois en raison d’une offre qui ne parvient pas à suivre une explosion de la demande avec la reprise économique en 2021.

 

3. Matières premières

Les sanctions économiques et financières qui toucheraient les entreprises russes et occidentales pourraient amplifier les problèmes d’approvisionnement déjà présents à cause de la crise sanitaire. Côté métaux, l’aluminium, le nickel, le titane et le palladium (indispensables aux industries aéronautiques & automobiles), produits en grandes quantités par la Russie – ont également vu leur cours s'envoler à des niveaux records par crainte de voir la production russe limitée par des sanctions.

 

4. Produits agricoles

La Russie et l’Ukraine jouent un rôle majeur sur le marché mondial des céréales. La Russie est le premier producteur mondial de blé depuis 2018 ; l’Ukraine est le 4e exportateur mondial de maïs, en passe de devenir le troisième exportateur de blé. Depuis le début de l’offensive russe, les cours de ces céréales en Bourse ont donc flambé. Le prix du blé ou du maïs ont bondi de plus de 5% dès le lancement de l'offensive russe en Ukraine. La Russie et l’Ukraine représentant environ 29% des exportations mondiales de blé & 19% des approvisionnements mondiaux en maïs. Pour le blé, si l'Europe est pratiquement autosuffisante, les acheteurs européens subissent néanmoins la hausse généralisée des prix sur les marchés mondiaux.

Par contre, l’Ukraine et la Russie sont les premiers pays producteurs de tournesol (80%), (graines & huiles pour humains ou animaux d'élevage). L’Ukraine est le principal fournisseur d’huile et de tourteaux (résidus végétaux agglomérés à destination des animaux d’élevage) de tournesol, que l’Union importe à presque 30-40 %. Le monde agricole devra s'attendre à une hausse générale des prix de l’alimentation animale, qui pèserait lourd sur des filières déjà fragiles et se répercuterait, in fine, sur les prix à la consommation.

Pour toutes ces matières (céréales, oléagineux...), au-delà de la production, il faut enfin noter l'incertitude sur l'état des capacités logistiques autour des ports de la mer Noire (Odessa, Kherson, Marioupol...), hubs d'exportation stratégiques actuellement situés directement ou à proximité de zones de guerre.

 

Au final, les divergences économiques et financières risquent de s'accentuer dans le monde entier. Certains pays producteurs de matières premières devraient bénéficier d’une hausse du prix des exportations qui pourra compenser les pertes liées au ralentissement de la croissance mondiale. Mais beaucoup de pays seront confrontés à des difficultés, qu’il s’agisse d’une réduction de la demande mondiale, d’un dollar plus fort et plus généralement de taux de change défavorables, de l’instabilité des marchés financiers ou des flux migratoires.

Etat des mesures prises par les gouvernements wallon et fédéral
-26/07/2022-

En concertation avec la Région bruxelloise et la Région flamande, le Gouvernement wallon a décidé de suspendre les licences d'exportation des biens à double usage à destination de la Russie. Pour information, les biens à « double usage» sont des biens conçus à des fins civiles mais susceptibles d'avoir une utilisation également militaire. Cette suspension a un effet immédiat et une durée indéterminée.

Vous trouverez ici les différents paquets complets de sanctions votées au niveau fédéral belge.

 

Au niveau régional, le Ministre wallon de l’Agriculture, Willy Borsus, a dégagé une enveloppe budgétaire exceptionnelle de 10,4 millions d’euros pour soutenir divers secteurs agricoles touchés par les retombées de la guerre en Ukraine : volaille, secteurs caprin laitier et porcin.

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Barrières commerciales et sanctions imposées dans le cadre de la guerre Russie-Ukraine

 

Organisé par notre partenaire, l'Agence belge pour le commerce extérieur, ce webinaire (EN) a abordé les questions suivantes :

- Quelles sont précisément ces sanctions?

- Comment trouver des solutions en cas de blocage des livraisons et des paiements ?

- Où en est-on au niveau des barrières commerciales ?

A revisionner ici : https://bit.ly/3aUCQJF

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