Alors que le Salon International de l’Aéronautique de Paris (Bourget) se termine, nous en avons profité rencontrer la société wallonne D-Carbonize, PME spécialisée dans le reporting d’émissions de gaz à effet de serre industriels et dont c’est la première participation. Comment prospecter et se faire connaître lorsque l’on gravit au milieu des grands groupes aéronautiques ? Qu’attendre d’une participation à un salon de cette taille ? Nous avons fait le point avec Frederic John, COO de D-Carbonize. Rencontre.

L’International Paris Air Show (Bourget ou SIAE) 2023 a confirmé que le marché de l’aéronautique est à la fois en pleine reprise et en pleine mutation, notamment au niveau de la décarbonation du secteur avec le développement d’appareils plus légers, de moteurs moins gourmands en kérosène, de carburants de synthèse… Les 2500 exposants qui se retrouvent au Salon du Bourget viennent donc animés par de nouvelles préoccupations et ambitions. Les professionnels du secteur doivent trouver des solutions pour surmonter les difficultés structurelles tout en répondant aux nouvelles attentes des consommateurs et aux exigences des autorités européennes en termes.

La société wallonne D-Carbonize, présente avec la délégation Belgian Aerospace au Paris Air Show, nous parle des enjeux du secteur, des solutions qu’elle propose pour aider sous-traitants et constructeurs à calculer faire le reporting de leurs émissions de gaz à effet de serre auprès de leurs clients. Frederic John, COO de D-Carbonize nous explique comment préparer un salon quand on est une PME de 15 personnes et que l’on doit aller tutoyer les plus importantes sociétés mondiales. 

 

Wallonia Export (AWEX) : Hello Fréderic, Alors, vous faites quoi ? Des moteurs d’avions ? Des rivets ?

Frederic John (FJ) : Du tout. Nous ne faisons pas de hardware, nous proposons des outils permettant des calculs et du reporting des émissions de gaz à effet de serre (GES) des activités des industriels de tous secteurs, y compris de l’aéronautique. Nous permettons à nos clients de répondre aux requêtes insistantes et de plus en plus nombreuses de leurs partenaires, souvent des constructeurs, qui souhaitent connaître en détails les émissions de GES de leurs sous-traitants. Il faut savoir qu’aujourd’hui les constructeurs aéronautiques doivent être en mesure de connaître les émissions totales de leurs avions, pas seulement au niveau de la consommation, mais également de leurs composants.

Wallonia Export : C’est pour cette raison que vous êtes au SIAE ?

FJ : Tout à fait. Ce secteur est particulièrement concerné par ses émissions de GES et donc nous sommes ici, d’une part pour voir avec les différents acteurs de l’industrie où en sont-ils dans la mesures de leurs émissions carbones, quel est leur niveau de compréhension techniques de ces enjeux, de leur maturité… Pour être clair, on parle bien ici de toute la chaîne, des assembleurs mais aussi des producteurs de câbles, rivets… pas que des compagnies aériennes ou des motoristes. Ensuite évidemment on tente de se faire connaitre, de présenter notre produit...

AWEX : Que proposez-vous de plus que vos concurrents ? Ce type d’outils n’existe-t-il pas depuis longtemps ?

FJ : Nous avons développé une très bonne expertise avec les milieux industriels et manufacturiers, contrairement à d’autres plutôt spécialisés dans les PME, les services… Notre produit est bien adapté pour la prise en compte de la complexité des entreprises industrielles pour collecter les données, les rassembler, les réunir et réaliser des rapports dédiés. Nous proposons une véritable plateforme, unique en son genre, d’audit carbone. Dans un avenir proche, les bilans carbones vont devoir être systématiquement audités et les entreprises devront être beaucoup plus rigoureuses et précises. Nos rapports sont labéllisables directement, avec toutes les certifications internationales reconnues (ex : Greenhouse Gas Protocole, ISO 14064, ADEME…). C’est un gain de temps considérable pour nos clients.

AWEX : Plus de place pour le greenwashing du coup ?

FJ  : Exactement. Tout sera calculable et justifiable, sur des bases scientifiques et reconnues.

AWEX : Du coup, quel est votre prospect type ici au Bourget ?

FJ : C’est le réseau de fournisseurs qui alimentent nos ‘locomotives’ belges, passez-moi l’expression, ici en Belgique, comme la Sonaca, Sabena… Ces entreprises-là ont déjà bien conscience de l’importance de tenir et présenter leur bilan carbone. Mais une grosse partie de leur bilan total concerne des produits ou technologies acquises via leurs sous-traitants. Ils demandent donc à ces derniers de rentrer dans ces mêmes démarches. Si ces sous-traitants veulent rester dans le game, ils ont intérêt à s’adapter dès maintenant. Et nous sommes là pour ça, pour leur fournir ce qui leur manque. In fine, elles restent compétitives et anticipent par la même occasion les futures législations européennes.

AWEX : Et comment préparez-vous un salon de la taille de celui du Bourget ?

FJ : Avec l’aide de Wallonia Export, on prend un maximum d’informations en amont sur les participants et on prend des contacts grâce à la plateforme de matchmaking mise à notre disposition. On discute donc déjà avec beaucoup d’exposants avant même le début du salon. On fait aussi de la communication sur nos réseaux sociaux, on annonce notre présence, on utilise l’aura du salon pour dire que nous serons présent… Toutes ces démarches combinées nous ont permis d’avoir énormément de rendez-vous durant tout le salon, aussi bien avec des acteurs privés qu’institutionnels et politiques. Mais il ne faut pas se leurrer. Même avec un beau stand et une belle visibilité grâce à ‘Belgian Aerospace’, il faut de l’énergie pour avoir de la visibilité et faire des rencontres.

AWEX : La plupart de vos clients sont belges ou étrangers ?

FJ : La plupart de nos clients sont situés en Belgique mais nous opérons pour eux dans une dizaine de pays, principalement en Europe, en Afrique et en Turquie. C’est assez logique, nos clients étant des industries, une fois que nous avons démontrer la qualité de notre produit et de nos services sur notre territoire national, ils nous demandent de travailler avec leurs unités basées dans d’autres pays.

Frederic John, COO et co-founder de D-Carbonize

"Matchmaking, réseaux sociaux, prospection avec l'aide de Wallonia Export...Toutes ces démarches combinées nous ont permis d’avoir énormément de rendez-vous durant tout le salon, aussi bien avec des acteurs privés qu’institutionnels et politiques."

Le programme wallon WINGS, pour soutenir la décarbonation de l’aéronautique

 

Selon l’Agence européenne pour l’environnement, l’aviation représenterait 3,8 % des émissions totales de gaz à effet de serre de l’Union européenne. Même si la consommation de carburant par passager au kilomètre a été divisée par deux au cours des 30 dernières années, le trafic aérien a lui été multiplié pratiquement par cinq. Les émissions associées ont donc plus que doublé. Le parlement européen vise à réduire les émissions de 55 % avant 2030 et souhaite les supprimer totalement avant 2050 pour devenir climatiquement neutre. Les compagnies aériennes, les constructeurs et les équipementiers travaillent donc à des solutions pour atteindre ces objectifs.

Pour la Wallonie, le pôle de compétitivité Skywin pilote le programme WINGS (Walloon Innovations for Green Skies), dont l'objectif est de développer et supporter des activités R&D pour préparer l'aviation décarbonée et travailler à l'aviation du futur. En ligne de mire : l'ambition d'être, comme l’IATA l’a proposé, un avion totalement décarboné en 2050, et, comme Airbus le souhaite, disposer d'un prototype volant en 2035.

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