Wallonia Export et le pôle Skywin emmènent 52 entreprises wallonnes au Paris Air Show (Bourget) à Paris. Avec un CA de 90% à l’export, les enjeux hors-frontières sont considérables pour l’aérospace wallon. Décarbonation, défense, « newspace »…. le plus grand rendez-vous mondial de l’aviation est l’occasion de répondre à la nouvelle météo des cieux, présenter son savoir-faire, mais surtout de réseauter, nouer de nouveaux partenariats et… contribuer au décollage de l’avion du futur. Acteur de première classe, la Wallonie et ses entreprises entendent bien conserver leur position de leaders en participant au Bourget. Explications.

Situé à quelques encablures du bord de la piste principale, celle d’où décollent Airbus, Boeing, Rafale, F35, Apache… le « Hall des belges », le n°2 dans le dépliant remis par les organisateurs, regroupe la 2e plus importante délégation de tout le Paris Air Show. Sous la bannière « Belgian Aerospace », plus de 75 entreprises ont fait le déplacement, autant de témoins de l’importance du secteur en Belgique et particulièrement en Wallonie. L’aérospatial et l’aéronautique (« aerospace ») comptent pour 3% du chiffre d’affaires des exportations de la région, mais surtout, ce sont près de 90% des ventes du secteur qui sont réalisées à l’étranger. Autant dire que la participation au plus grand salon mondial de l’aéronautique est à la fois stratégique, mais surtout incontournable.

Pour sa 14e participation, la délégation wallonne compte 52 entreprises, dont certains acteurs de poids comme la Sonaca, la Sabca, Safran Aerobooster, mais également 16 nouveaux participants : Aerospacelab, Becover, Consolidated Precision Products, CRM Group, Machinesight, Mecasoft, MPP, OAD, Optrion, Patria Belgium, Sabena, Sichem, Sub Alliance (comprend FERONYL, DEDECKERS PRECISON, GRIMONPREZ, TECNOLON), Telespazio, Beblue, D-Carbonize dont 3 start ups officiellement reconnues par le SIAE : BeCover, D-Carbonize, Sichem et participant au programme « StartMeUp ».

En collaboration avec son partenaire Flanders Trade & Investment, Wallonia Export pilote la collectivité belge depuis 1995. La présence wallonne et belge, importante, permet de positionner le pays comme une région dynamique d’Europe vis-à-vis d’un visitorat pointu et international, aux côtés des mastodontes américains, français et britanniques.

Le Bourget, un salon plus que centenaire

Evénement plus que centenaire (la première édition a eu lieu en 1909) le Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace (plus connu sous le nom de salon du Bourget ou Paris Air Show) est le plus ancien et le premier salon professionnel du secteur sur le plan international. Organisée par le SIAE, filiale du GIFAS (Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales, regroupant 410 adhérents), la 54ème édition, qui se tient du 19 au 25 juin au Parc des Expositions de Paris-Le Bourget, réunit de nouveau l’ensemble des acteurs de l’industrie mondiale autour des dernières innovations technologiques dans le domaine de l’aérospatial, civil et militaire.

Lors de sa dernière édition en 2019, le salon du Bourget comptait 2.453 exposants issus de 49 pays et 150 startups, répartis sur 125.000 m² de surface d’exposition. Il a accueilli 316.470 visiteurs (parmi lesquels 139.840 professionnels) dont 40% d’internationaux, 304 délégations officielles venues de 98 pays et 2.700 journalistes accrédités. Le montant des contrats signés à l’occasion du salon s’est élevé à plus de 140 milliards de dollars.

Le salon du Bourget constitue avant tout un lieu de rencontre pour les entreprises. Le pôle de compétitivité wallonne SKYWIN y organise des événements de réseautage et de visibilité pour l’écosystème wallon, mais aussi des rencontres exclusives auprès de partenaires et industriels internationaux.

Pour les entreprises, ce salon est également l’occasion d’entretenir ses relations avec la plus forte densité de contacts étrangers du monde de l’« aerospace », et de dégager de nouvelles pistes de collaboration. Plusieurs annonces sont attendues, notamment des signatures de contrats ou de partenariats entre entreprises ou organisations de différents pays.

Jean-Pierre Chisogne, expert aérospace chez Wallonia Export

"L'aérospace wallon a profité du soutien apporté par son gouvernement après la crise du covid19 et est à présent pleinement en ordre de marche pour répondre aux besoins des industriels étrangers."

L’aérospace « Made-in-Wallonia »

 

Dans son ensemble, l’industrie aérospatiale wallonne réalise 90% de son chiffre d’affaires à l’export (avec comme principaux marchés l’Europe et les USA). Les exportations du secteur « Aerospace » en Wallonie (matériel et équipement de navigation aéronautique ainsi que véhicules spatiaux et composants, en ce compris la filière en voie de développement des drones) représentent 3% du total des exportations wallonnes.

La région continue à investir dans la promotion des acteurs wallons de l’aéronautique et de leurs innovations technologiques. Selon l’Association du transport aérien international (IATA), malgré les incertitudes économiques, la forte croissance des voyages aériens se poursuit en 2023, la demande demeurant forte partout dans le monde et en particulier dans la région Asie-Pacifique.

Confrontée, après la pandémie, aux conséquences de la guerre en Ukraine, l’industrie aéronautique mondiale doit néanmoins faire face à de nombreux défis : réchauffement climatique dû aux émissions de gaz à effet de serre d’origine, perturbations de la chaîne mondiale d’approvisionnement et pénuries de matières premières, manque de main d’œuvre pour faire face à la remontée en cadence de la production… Les acteurs wallons du secteur, en tant qu’équipementiers/sous-traitants, en subissent les conséquences ; si les commandes sont en hausse, consécutivement à la reprise du trafic aérien, ils n’attendent pas de retour à la normale avant 2024.

  

1. L’Aéronautique 

 

La région concentre 70% de l’expertise aéronautique belge, avec une centaine d’entreprises axées « production », près de 6000 emplois directs et un chiffre d’affaires de 1,35 milliards d’euros. Les principales sous-filières du secteur aéronautique wallon sont les suivantes : « Airframes & Structures » (métalliques et composites) ; les moteurs d’avions ; les systèmes embarqués et aéroportés ; les bancs de test de moteurs ; les centres de recherche, simulation et conception assistées (« softwares ») ; les process industriels ; et la maintenance et la réparation (MRO).

La filière aéronautique fournit 5% des équipements des avions civils en service de la gamme Airbus, tout en étant présente également chez Boeing, Bombardier, Embraer… Elle comprend aussi un réseau dynamique de PME s’intégrant dans la supply chain mondiale.

Si des sujets à la mode et de recherches fondamentales comme l’avion électrique ou l’avion à hydrogène sont sur toutes les lèvres, les acteurs majeurs du secteur n’attendent aucun changement profond, aucune révolution autour des avions dans les 10 prochaines années. Deux axes d’innovations technologiques vont toutefois profondément modifier nos entreprises : l’industrie 4.0 ainsi que le « verdissement/decarbonization ».

 

2. Le Spatial

 

La filière spatiale wallonne représente 70% de l’activité du pays. Avec une cinquantaine d’entités orientées R&D, ses 1800 emplois directs et 350 millions d’euros de chiffre d’affaires, la filière est toujours en pleine croissance.

Les sous-filières de force en Wallonie sont l’équipement au sol et la préparation au vol ; l’accès à l’espace ; les systèmes en orbite ; l’exploitation des données ; et l’éducation, la science et l’astronomie. La Wallonie dispose d’une expertise reconnue dans le domaine spatial, et a investi sur son territoire dans des infrastructures spécifiques, au travers notamment d’accords de collaboration internationale comme l'« European Space Security and Education Center » (ESEC) à Redu, qui doit devenir le centre de référence de l’ESA en matière de cybersécurité pour les systèmes spatiaux, ou encore le « Galileo Integrated Logistics Support Center » dans le parc Galaxia à Transinne).

Deux évolutions technologiques fortes sont attendues. La première est le lanceur réutilisable, facteur important de réduction du coût de lancement et une des conditions du développement du secteur. La seconde concerne l’observation de la terre (hardware et software). Outre les équipements spatiaux traditionnels fabriqués par les industriels wallons, la priorité accordée à la lutte contre le réchauffement climatique stimulera les développements dédiés à l’utilisation des réseaux satellitaires (software & datas) pour, par exemple, prévoir des zones à risques de sècheresse de la situation hydrographique d’une région, rendre l’agriculture plus efficace, mieux prévenir les incendies…

 

3. Le Newspace

 

Ce secteur plus récent et plus méconnu évolue fort en Wallonie, comme dans le reste du monde. Il concerne principalement de nouvelles compagnies aérospatiales travaillant au développement d'un accès low-cost et public à l'exploration spatiale. Leur but est de raccourcir les cycles de développement et de diminuer les coûts d’exploitation et d’utilisation des technologies spatiales. La priorité va au déploiement de réseaux satellitaires dont les cas d’usages sont nombreux et déjà très concrets, comme l’amélioration des communications sur terre, l’accessibilité de l’internet au plus grand nombre, l’organisation très fine du transport de marchandises, l’observation des récoltes agricoles ou encore le suivi de l’évolution du climat.

 

Prospections, opérations de cross-markets & réseautage au programme du Paris Air Show 2023

L’aérospatial français, 1er client de la Wallonie

 

L’industrie aéronautique et spatiale constitue pour la France un secteur d’excellence reconnu. En 2022, cette filière représentait 195.000 salariés (l’aéronautique concentrant 91% des effectifs) et 62,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires (69% dans le domaine civil et 31% dans le militaire) – dont 5,6 milliards pour le spatial – en hausse de 13,6% par rapport à 2021.

Au-delà des géants du secteur (Airbus, Dassault Aviation, Thales, Safran, …), qui s’appuient eux-mêmes sur un réseau de nombreuses entreprises sous-traitantes (majoritairement des PME et des ETI), la France dispose d’un écosystème particulièrement fertile : le GIFAS (Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales) regroupe 400 adhérents, parmi lesquels des clusters et pôles de compétitivité tels que l’Aerospace Valley (Occitanie et Nouvelle-Aquitaine), le SAFE Cluster (Provence-Alpes-Côte d’Azur) et l’ASTech (Ile-de-France). Le budget que la France consacre aux activités spatiales civiles est le 2ème au monde après celui des Etats-Unis : l’agence spatiale française (CNES, Centre National d’Etudes Spatiales) qui propose et met en œuvre la politique spatiale de la France (et dont la tutelle est passée, en 2020, du Ministère de la Recherche à celui de l’Economie), disposait en 2022 d’un budget de 2,56 milliards en 2022.

Le secteur aéronautique et spatial fait par ailleurs partie des axes prioritaires du plan de relance France 2030.

La France constitue le premier marché à l’export de la Wallonie. En 2022, les exportations wallonnes vers ce pays se sont élevées à 13,7 milliards d’euros, soit 22,9 % du total des exportations wallonnes (en hausse de 18,4 % par rapport à 2021). La part de la Wallonie dans l’ensemble des exportations belges vers la France est de 26,9 %. S’il est le premier client, l’Hexagone est aussi le premier fournisseur : les importations issues de France se sont élevées en 2022 à plus de 9 milliards d’euros (+ 16,7 % par rapport à 2021). La balance commerciale penche en notre faveur (+ 4,7 milliards d’euros en 2022).

La France est donc un partenaire commercial clé, nécessitant le maintien d’actions ambitieuses, a fortiori dans un secteur de pointe que représente l’aéronautique/aérospatiale.

A propos de Skywin

 

Skywin est le pôle de compétitivité wallonne du secteur aéronautique et spatial regroupant des entreprises, centres de formation et unités de recherche publiques et privées afin de dégager des synergies autour de projets communs et innovants tout en créant et maintenant des emplois dans les entreprises wallonnes.

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