Situation et perspectives économiques du Danemark

Petite économie tournée vers les échanges commerciaux et fortement intégrée au Marché unique, le Danemark poursuit une trajectoire équilibrée de croissance constante (proche de 2% en moyenne depuis 2014) et d’amélioration de ses finances publiques (34,3% de dette publique et 0,4% de déficit des comptes publics).

Avec un taux de chômage faible (5%), le pays souffre d’un manque de main d’œuvre, et son output gap négatif (-0,9%) peine à se résorber. Outre les scandales financiers et fiscaux qui ont récemment éclaboussé le Danemark (Danske Bank, Cum Ex etc.), les ménages danois demeurent les plus endettés des pays de l’UE 28 (et de l’OCDE), ce qui présente toujours un risque pour la stabilité financière.

Les élections générales, qui se sont tenues le 5 juin 2019, ont porté Mette Frederiksen (socialdémocrate) au poste de Premier ministre. Elle succède ainsi à Lars Løkke Rasmussen (libéral), qui était à la tête d’une coalition gouvernementale de centre droit. Le nouveau gouvernement entend, avec les trois autres partis du « bloc rouge », s’engager en faveur du climat et l’environnement, lutter contre les inégalités et renforcer l’Etat providence.

La croissance danoise tirée par la consommation privée

Le Danemark a eu une trajectoire de reprise lente (notamment par rapport à ses voisins) après la crise financière, et n’a retrouvé son niveau de PIB d’avant la crise (2007) qu’en 2015/2016. Mais depuis lors, le Danemark profite d’une croissance robuste et stable (entre 1,6% et 2% par an), qui devrait se maintenir à l’horizon 2020-2025 (1,7% en 2019). La croissance est tirée par la consommation privée, tandis que le surplus de la balance courante se réduit progressivement (5,6%, contre 8% en 2017), du fait de la diminution des exportations nettes, de la baisse de l’épargne (qui demeure à un niveau élevé de 29% du PIB), mais également d’une augmentation d’un point de pourcentage des investissements (près de 23% du PIB). 

Contraintes structurelles, bénéfices des réformes antérieures et défis à venir

1. Surchauffe sur le marché de l’emploi.

Le taux de chômage du Danemark a atteint un niveau particulièrement bas depuis la fin de l’année 2017, et le taux d’emploi des Danois devrait atteindre 80% d’ici 2020. Le taux de chômage de long terme se place quant à lui à 1,4%, contre 4% dans l’Union européenne.  Le gouvernement danois a mis en place des politiques d’incitation des travailleurs âgés à rester sur le marché de l’emploi, en réduisant le programme de retraite anticipée, et en augmentant progressivement l’âge de départ à la retraite de 65 à 67 ans d’ici 2022, ainsi qu’en liant l’âge de départ à la retraite à l’espérance de vie (2013), de sorte qu’une révision sera opérée tous les 5 ans avec un ajustement à la hausse d’une durée maximum de un an.

2. Croissance des prix immobiliers, niveau élevé d’endettement et d’épargne des ménages. 

En conséquence partielle des hausses du marché immobilier (+24% en moyenne au Danemark et +33% à Copenhague entre 2006 et 2017), le Danemark est le pays de l’OCDE qui présente le niveau d’endettement des ménages le plus élevé, bien que celui-ci soit passé de 148% du PIB en 2009 à 128% du PIB en 2017 (255% du revenu net disponible – RND), et que la dette soit concentrée sur les ménages à hauts revenus. Mais les ménages danois sont aussi parmi ceux de l’OCDE qui possèdent le plus d’actifs financiers, avec 600% du RND (2ème après les Pays-Bas). Pourtant, la répartition de ces actifs (50% placés dans des fonds de pension, 31% en actions et 19% en dépôts bancaires) occasionne des incompatibilités de maturité, qui pourraient générer un risque de liquidité des ménages danois en cas de choc financier. Par ailleurs, l’intégration croissante du système financier danois, notamment avec ses voisins nordiques (35% des obligations hypothécaires danoises - qui représentent 132% du PIB - sont désormais détenues par des investisseurs étrangers, dépassant les fonds de pension danois, dont la part est de 30%), rend les bilans des ménages danois (et donc leur consommation, principal moteur de la croissance danoise) plus sensibles à des chocs immobiliers (domestiques et externes). En tout état de cause, le gouvernement danois a récemment mis en place un certain nombre de mesures pour préserver la stabilité financière.

3. Nécessité de relever la croissance potentielle. 

La croissance de la productivité de l’économie danoise est faible, particulièrement dans le secteur des services domestiques, mais également dans l’industrie. En effet, une étude de 2017 montre que le taux de croissance de la productivité du secteur manufacturier n’aurait été que de 2% annuels entre 2007 et 2017, si ce n’est pour la contribution des entreprises exportatrices. Or, même si le niveau général de dépenses en R&D du Danemark est important (3,1% du PIB en 2018), il est concentré sur les plus grandes entreprises (50 entreprises représentent 70% de l’investissement privé en R&D). Les institutions internationales (FMI, OCDE, Commission européenne) incitent donc le Danemark à renforcer son niveau d’investissement public en R&D (27,6% des dépenses sont financées par le gouvernement, contre 40% en France, mais une part importante de l’investissement est financée par les fondations actionnaires) pour mieux irriguer les PME  (98% des entreprises danoises).

4. Renforcer la supervision du secteur financier.

Eclaboussée par un scandale de blanchiment de capitaux à grande échelle en Estonie, Danske Bank (première banque danoise avec près 480 Mds€ d’actifs dans son bilan en 2018, soit environ 1,7 fois le PIB du Danemark) fait l’objet de nombreuses enquêtes judiciaires, notamment aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en France, en Estonie et au Danemark. En conséquence, le Danemark a décidé (septembre 2018) de se doter du niveau de répression le plus élevé d’Europe (avec un niveau d’amendes 8 fois supérieur à ce qui prévalait auparavant), et a également prévu d’augmenter les moyens de l’Autorité danoise de supervision financière (Finanstilsynet).

Conclusion

L’économie danoise présente des fondamentaux solides, malgré une reprise plus lente que ses voisins nordiques après la crise financière. Quelques défis attendent cependant le nouveau gouvernement de centre gauche. Outre la nécessité de relever la croissance potentielle (activation de l’emploi, développement des investissements privés et amélioration des conditions de concurrence), le Danemark doit veiller à la stabilité macro-financière (notamment du fait de l’endettement des ménages, en lien avec le niveau élevé des prix immobiliers), mais également perfectionner son système de supervision financière, ainsi que de lutte contre le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme.

Source: https://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/DK/situation-et-perspectives-economiques

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