Comment combiner export et développement durable ?

Comment les entreprises peuvent-elles intégrer le développement durable lorsque leur chiffre d’affaires dépend de leurs (grandes) exportations ? C’est un casse-tête auquel sont confrontés un nombre croissant d’entrepreneurs soucieux d’entamer une transition plus soutenable de leurs activités, sans pour autant renoncer à vendre à l’étranger. C’est avec un parcours atypique que la brasserie Brunehaut a partagé avec l’AWEX sa vision du développement durable et son expérience à l’exportation.



(Ré)concilier développement durable et exportation, une équation insolvable ? Si de l’avis de Marc-Antoine De Mees, directeur de la brasserie Brunehaut, il est difficile de fournir des recettes toutes faites tant chaque entreprise a ses spécificités et son environnement qui lui est propre, partager son expérience pour susciter des vocations ou des changements chez ceux qui hésitent encore, c’est essentiel. C’est donc à cet exercice que nous nous sommes livrés avec le directeur de la brasserie de Rongy (près de Tournai), qui nous a raconté le parcours de son entreprise, une organisation soucieuse du développement durable de ses activités, et dont la majeure partie de son chiffre d’affaires reste malgré tout réalisé hors de nos frontières.

Une transition durable progressive

La société Brunehaut, telle que nous la connaissons aujourd’hui, c’est une brasserie artisanale issue du rachat en 2007 de la brasserie du même nom, en faillite à l’époque. Si, dès le début, son nouveau directeur, Marc-Antoine De Mees, a souhaité prendre en considération l’impact environnemental de sa production (besoins en énergie, origines des matières premières), ce n‘est que progressivement que la bière qui sort de chez Brunehaut peut se valoir d’être un produit intégrant les standards les plus poussés en matière de développement durable. Un développement progressif et logique qui parlera à tous les entrepreneurs.

«Après le rachat de Brunehaut, notre objectif numéro un était bien entendu de stabiliser la situation financière de l’entreprise en renforçant nos ventes, nous explique Marc-Antoine de Mees. Et d’ajouter que, c’est notamment grâce à la grande exportation sur des marchés non saturés représentant jusqu’à 80% de nos ventes, que Brunehaut a pu se donner les moyens de ses ambitions en matière de durabilité». Effectivement, une fois l’entreprise redevenue profitable, les équipes internes ont entrepris d’améliorer la responsabilité sociétale de la brasserie dans sa totalité, y compris l’aspect social.

Cette « responsabilité » se traduit par l’utilisation de plus de matières premières d’origine biologique dans les produits, à une utilisation raisonnée de l’eau, à une attention accrue à la qualité de vie des collaborateurs de la brasserie ou encore à durabiliser les investissements. En parlant investissements durables, ceux-ci constituent-ils un frein au développement de Brunehaut ? « Bien au contraire, assure Marc-Antoine De Mees. Notre but n’a jamais été de faire de la croissance pour la croissance. Nous nous développons, mais graduellement, en renforçant l’intégration de nos valeurs dans notre fonctionnement et dans nos produits. »

Marc-Antoine De Mees, CEO de Brunehaut

"C’est notamment grâce à la grande exportation sur des marchés non saturés représentant jusqu’à 80% de nos ventes, que Brunehaut a pu se donner les moyens de ses ambitions en matière de durabilité"

Des clients de plus en plus sensibles aux questions de durabilité

Les clients sont-ils sensibles des transformations en cours ? « Tout à fait ! Nous constatons que les acheteurs sont de plus en plus sensibles aux valeurs de durabilité, précise Marc-Antoine De Mees. Je dirais que plus de 50% de notre clientèle est attachée à cela. Notre produit est de qualité, mais aussi nos valeurs sont très importantes pour ces derniers. »

Cela se voit. En parcourant le site de Brunehaut, le visiteur peut constater que la société ne « promeut » pas seulement ses produits mais bien les valeurs de la marque, et, pour que cela ne paraisse pas comme un simple argument de marketing, les labels et certifications démontrent le bien fondé et la solidité de l’engagement. Brunehaut est actuellement labellisé « Nature et Progrès », « Prix Juste » (qui garantit une rémunération décente aux agriculteurs fournissant la brasserie) et est en voie de certification B-Corp, un label qui offre une reconnaissance plus internationale.

Brunehaut ne compte pas s’arrêter là. « Aujourd’hui, nous sommes pratiquement au maximum de notre production donc nous ne pouvons qu’aller vers l’amélioration de la qualité de nos produits, à tous les niveaux, y compris au niveau de la qualité des conditions de travail chez nous, chez nos fournisseurs, ... C’est tout un écosystème circulaire durable que nous voulons soutenir. »

Pour quelle répercussion sur les prix ? Marc-Antoine De Mees confirme que ces choix ont un impact au niveau des prix d’achat de la matière première (le malt en particulier), ce qui a pesé sur la rentabilité des produits Brunehaut. Mais en présentant la raison de l’inévitable augmentation du prix de leurs produits à leurs partenaires, les importateurs l’ont acceptée sans essayer de négocier le prix à la baisse.

Export et durabilité ? La vision de Brunehaut

Jusqu’il y a peu, Brunehaut privilégiait la grande exportation (hors Europe, NDLR), notamment vers la Chine, le Japon, les Etats-Unis,… Si les contrats sont généralement, en retombées financières, bien plus importants que les ventes vers les pays limitrophes à la Belgique, ils sont, d’après l’expérience de Marc-Antoine De Mees, bien moins sécurisants à court ou moyen terme. « Les tensions commerciales avec la Chine ou l’Amérique de Trump (augmentation des taxes sur les produits européens, NDLR) rendent difficile pour une entreprise de se projeter parfois au-delà de quelques mois. C’est pourquoi nous avons décidé de privilégier nos ventes en Europe, dont les flux et les adaptations sont bien mieux maîtrisables. Et d’ajouter : la crise du covid19 est comme un événement de mise en garde qui nous a confortés dans notre stratégie de développement durable à l’international, privilégier les partenariats sûrs et axés sur le long terme. »

Ce qui n’empêche pas Brunehaut de continuer à collaborer avec des zones géographiques lointaines comme la Corée du Sud sur des projets innovants. « Dans cette même idée de durabilité, plutôt que d’exporter nos bières directement vers la Corée du Sud, c’est-à-dire surtout transporter de l’eau et du verre, nous avons signé un accord pour l’installation d’une micro-brasserie locale qui produirait les bières Brunehaut. Nous exporterons certaines matières premières comme le malt et nous en achèterons d’autres localement. In fine nous espérons développer nos propres produits directement sur place, mais avec une touche forcément locale, et donc unique. Nous restons donc là tout à fait dans nos valeurs, tout en conservant un pied dans la grande exportation.

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