Conjoncture économique

La Chine est la deuxième plus grande économie du monde et une puissance industrielle. La croissance est tirée conjointement par la consommation et l'investissement, mais les autorités espèrent pivoter davantage vers la première. 

La Chine maintiendra largement une approche "zéro covid" pour gérer la pandémie en 2022, plutôt que de passer à une politique consistant à "vivre avec le virus" comme cela a été adopté ailleurs. Et ce, malgré les coûts économiques de cette stratégie, notamment en raison de la forte transmissibilité de la variante Omicron. Le passage à une plus grande tolérance à l'égard du virus sera progressif. Les frontières avec certains marchés, comme Hong Kong, devraient être rouvertes à titre expérimental d'ici le second semestre de 2022, mais une ouverture plus complète n'interviendra pas avant 2023.

Le programme de politique économique pour 2022 mettra l'accent sur la stabilité, le pays devant faire face au ralentissement de la demande extérieure et à la faiblesse de la demande intérieure des ménages et des entreprises. Les autorités adopteront des politiques monétaires et fiscales plus souples pour faire face à ces vents contraires, tout en adoucissant leurs mesures de répression dans les secteurs de la technologie et de l'immobilier, qui ont tous deux pesé sur les performances économiques de la Chine en 2021. Un assouplissement modeste des contrôles du marché immobilier devrait rétablir une certaine confiance des investisseurs dans l'économie tout en réduisant les zones immédiates de tension du crédit. Cela pourrait toutefois risquer d'exacerber les déficiences structurelles existantes ; un retrait des "trois lignes rouges" régissant le financement des promoteurs immobiliers, par exemple, pourrait aggraver l'aléa moral sur le marché immobilier fortement endetté. L'assouplissement monétaire contribuera également à accélérer les investissements publics dans les infrastructures, qui prendront le pas sur les investissements généraux du secteur privé. Ce dernier continuera de se débattre avec la faible demande de crédit et l'incertitude générale des entreprises.

À moyen terme, la politique économique sera dominée par les thèmes de la "prospérité commune" et de la "double circulation". Le premier thème vise à réduire les inégalités de revenus, via des politiques pro-travail qui affectent la rentabilité des entreprises et améliorent l'accès à la protection sociale des groupes à faibles revenus (y compris les travailleurs indépendants). Les autorités renforceront certaines réglementations dans le secteur technologique en 2022, notamment en ce qui concerne la confidentialité des données, l'application des lois antitrust et les cotations à l'étranger.

La volonté de double circulation découle des relations internationales tendues de la Chine et vise à atteindre une plus grande autosuffisance dans des domaines tels que l'agriculture, l'énergie et la technologie. Le soutien de la politique de l'État, en particulier dans le domaine de la fabrication de semi-conducteurs, s'intensifiera dans le contexte des récentes sanctions occidentales à l'encontre de la Russie - un événement qui a exacerbé les inquiétudes officielles concernant la dépendance excessive des intrants étrangers dans les chaînes d'approvisionnement chinoises. La surcapacité de production s'accentuera dans certains segments de fabrication de produits électroniques de bas à moyen de gamme, ce qui deviendra évident à partir de 2023.

L'économie verte bénéficiera de l'attention soutenue des pouvoirs publics, qui s'efforceront d'atteindre le pic des émissions de carbone d'ici à 2030 et la neutralité carbone d'ici à 2060. Toutefois, les responsables politiques auront du mal à traduire les discours en réductions réelles d'émissions en 2022-23, dans un contexte d'inquiétudes liées aux pénuries d'électricité et à la hausse des prix à la production. Des contrôles plus stricts de la consommation de charbon apparaîtront en 2025-26.

La croissance du PIB réel diminuera à 5,2 % en 2022, contre 8,1 % en 2021, selon les estimations, même si l'assouplissement des politiques permet à l'économie de retrouver un certain dynamisme. L'amélioration du marché de l'emploi en 2022 stimulera le rythme toujours lent de la reprise de la consommation privée. L'investissement sera stimulé par le soutien des gouvernements aux infrastructures, qui devraient se concentrer sur les secteurs de l'écologie et du numérique, ainsi que sur des objectifs liés à la sécurité nationale, tels que la construction d'installations de réserves énergétiques. Les gouvernements locaux renforceront également leur soutien au développement des industries locales, en particulier la fabrication de puces.

L'approche zéro-covid de la Chine présente des risques pour la croissance future. Les contrôles récurrents des mouvements intérieurs provoqueront des perturbations logistiques nationales et internationales par intermittence, tout en ralentissant la reprise des dépenses des ménages. Cela exacerbera les déséquilibres structurels déjà observés dans l'économie. La croissance des exportations ralentira aussi modestement dans le cadre de la normalisation de l'économie mondiale, à mesure que les mesures de relance budgétaire seront retirées et que les dépenses de consommation se réorienteront vers les services.

Nos perspectives économiques à plus long terme sont relativement pessimistes. L'expansion passera sous la barre des 5 % à partir de 2023 et s'affaiblira encore par la suite. Le vieillissement démographique rapide en sera le principal facteur. Nous pensons que la politique économique s'éloignera progressivement des objectifs de PIB et se concentrera plutôt sur les préoccupations susceptibles de faire baisser le taux de croissance global, comme les inégalités et la durabilité. L'évolution technologique stimulera la croissance de la productivité, mais la volonté d'autosuffisance dans le cadre de la double circulation générera des inefficacités économiques. 

 

Source : Country Report March 2022 www.eiu.com © Economist Intelligence Unit Limited 2022 

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