Régime politique et historique

Précédemment une colonie britannique, Chypre a accédé à l’indépendance en 1960, avec la Grèce et la Turquie désignées « puissances protectrices » de ce nouvel état bicommunautaire. En 1974, en réponse à un coup d’Etat organisé par la Grèce en vue d’un rattachement de l’île, et à la suite d’une période de fortes tensions entre les deux communautés, la Turquie est intervenue militairement et contrôle le tiers septentrional de l’île depuis.

 Les transferts de population consécutifs à cette intervention ont abouti à une séparation géographique des deux communautés : la communauté chypriote grecque, regroupée au Sud de l’île, au sein de la République de Chypre, d’une part, la communauté chypriote turque au Nord, constituant la République turque de Chypre du Nord, autoproclamée en 1983, qui n’est reconnue que par la Turquie, d’autre part.

 Le Nord (37% du territoire et environ 260 000 habitants) échappe à l’autorité du gouvernement légal de la République de Chypre. Environ 120 000 colons anatoliens, 40 000 soldats turcs, et 100 000 Chypriotes-turcs, y sont présents. Les immigrants turcs d’Anatolie sont plus nombreux aujourd’hui que les Chypriotes turcs « de souche », dont beaucoup sont partis à l’étranger.

En 2004, et ce malgré l’échec du Plan Annan[1], l’île de Chypre, dans son entièreté, devient membre de l’Union Européenne. Cependant, l’acquis communautaire (droit et obligations suite à l’adhésion à l’UE) n’est applicable qu’à la partie méridionale de l’île, reconnu par la communauté internationale, et suspendu sur le territoire de le République turque de Chypre du Nord.

D’autres initiatives visant à rapprocher les deux communautés ont été menées (2013, 2017, 2018), sans grand succès, mise à part quelques mesures de confiance mises en place entre 2015 et 2017.

La République de Chypre (Sud de l’île) est une république présidentielle[2], avec un système législatif unicaméral (Chambre des représentants – Vouli Antiprosopon). La chambre est composée de 80 sièges, dont seules les 56 destinées aux chypriotes grecs sont occupées.

La République turque de Chypre du Nord (reconnue uniquement par la Turquie) est une république parlementaire avec une présidence renforcée.



[1] Échec de la réunification de l’île selon un système politique fédéral bicommunautaire.

[2] Le pouvoir exécutif est entre mes mains du chef de l’État (président).

Les institutions et gouvernement

Le président actuel est Nicos Anastasiades (depuis Février 2013), dirigeant du Rassemblement démocratique (DISY, conservateur). Il a été réélu au second tour des dernières élections avec 56% en Janvier 2018, contre 44 % pour son adversaire, Stavros Malas (Parti progressiste des travailleurs, AKEL). La prochaine élection présidentielle aura lieu en 2023.

Les élections législatives de mai 2016 (élections tous les 5 ans) ont résulté en une nouvelle victoire du Rassemblement démocratique (DISY) – 30.69% - 18 sièges - , représentant la droite libérale-conservatrice. DISY soutien le gouvernement ensemble avec le parti nationaliste KA (Mouvement solidaire) – 3 sièges.

Les principaux d’opposition sont le Parti Démocratique, centriste, (DIKO) – 10 sièges- et l’alliance de gauche (AKEL et autres) – 16 sièges. Le gouvernement a donc le soutien d’une minorité au parlement et doit compter sur les voix de petits partis pour mener à bien différentes réformes. À noter, depuis les élections législatives de 2016, la progression de plusieurs partis hostiles à la réunification de l’île (les partis traditionnels ayant plutôt tendance à être favorables aux négociations).

Les prochaines élections législatives devraient se tenir en 2021.

Ligne de politique économique chypriote

L’économie de marché chypriote se concentre principalement sur le secteur tertiaire, qui représente 4/5 du PIB. Le tourisme, les services financiers et le secteur de l’immobilier sont traditionnellement les secteurs les plus importants de l’économie du pays.

Suite à l’adhésion du pays à l’Union Européenne, Chypre a connu une période forte croissance (jusque 4%/an). Cependant, l’impact de la crise financière mondiale de 2009 a été particulièrement important. Le problème principal étant la surexposition des banques chypriotes, notamment à la dette grecque. Par conséquent, Chypre a perdu l’accès aux marchés financiers en 2011 et a dû faire une demande d’aide financière à la Troïka (EU, BCE et FMI) en 2012.

Avec la mise en place des différentes mesures d’assainissement budgétaire à partir de 2013, avec une attention particulière au secteur financier, Chypre est parvenue à renouer avec la croissance dès 2015. Chypre est sortie du programme d’ajustement budgétaire en mars 2016.

Le pays et l'Union européenne

Chypre dépose sa demande d’adhésion aux Communautés en 1990. L’UE considère que cette demande est faite au nom de l’île entière et ouvre les négociations en 1998, dans l’espoir de favoriser un processus de réunification politique. Mais les chypriotes turcs ne participent pas aux pourparlers, ayant posé comme préalable la reconnaissance de leur Etat.

 Chypre adhère à l’Union européenne le 1er mai 2004. Si, en droit, c’est toute l’île qui est membre de l’UE, l'application de l'acquis communautaire est suspendue dans la partie nord. Cette division pose des difficultés dans le cadre des négociations d’adhésion de la Turquie, qui occupe militairement le nord de Chypre.  Ankara s’est finalement engagé à reconnaître Chypre avant son éventuelle adhésion à l’UE, à laquelle Nicosie est favorable (dans une perspective de normalisation des relations entre les deux pays).

 Le1er janvier 2008, Chypre a adopté l'euro.

Politique étrangère

La ligne de politique extérieur de Chypre est particulièrement influencée par sa situation géographique, carrefour entre l’Europe et le Moyen-Orient. La République de Chypre est également fortement liée au voisin grec.[1] Ainsi plusieurs accords internationaux ont été signés entre Chypre, la Grèce et des pays tiers du Proche-Orient (Egypte, Liban, Israël).

Pour des raisons historique et géopolitiques, plus récentes, les relations avec la Turquie sont tendues, malgré les tentatives de rapprochement.

La découverte récente de nouveaux gisements de gaz off-shore, en partie, dans sa Zone Économique Exclusive a relancé les tensions avec la Turquie. Cette dernière estimant qu’une partie du gisement revient à la République turque de Chypre du Nord.



[1] Doctrine de défense commune depuis 1994.

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