Situation économique

Avant l’apparition du Covid-19, les dernières données des comptes nationaux signalaient un ralentissement plus marqué de l’activité économique italienne au quatrième trimestre 2019 (-0,3% en rythme trimestriel, soit un acquis de croissance de -0,2% pour l’année 2020). La demande domestique, en baisse en raison d’une contraction de l’investissement et de la consommation, et une contribution positive des exportations nettes, due principalement à la réduction des importations, avaient surpris les observateurs qui attendaient de façon consensuelle plutôt une stabilisation de l’économie. La remontée de la profitabilité des entreprises n’a pas suffi à soutenir l’investissement et la baisse du pouvoir d’achat des ménages s’est accompagnée d’une remontée du taux d’épargne freinant ainsi les dépenses des ménages.

En effet, les derniers indicateurs avancés avant la diffusion du Covid-19 laissaient présager un redressement. Les premières données sur l’activité de 2019 confirmaient l’amélioration de la confiance. La production industrielle avait rebondi fortement en janvier, notamment dans les biens durables et biens d’équipement. Les commandes à l’industrie étaient également encourageantes en janvier, avec des fortes progressions dans les commandes domestiques et étrangères. Avec l’apparition des premiers cas de Covid-19, le cadre dessiné par ces indicateurs est désormais obsolète.

Les données d’enquêtes (PMI et Commission européenne) au mois de mars confirment un scénario très négatif, malgré le fait que les enquêtes aient été clôturées avant le décret d’arrêt de la production non essentielle du 22 mars. L'indice PMI manufacturier est tombé à ses valeurs les plus basses depuis onze ans (à 40,3, contre 48,7 en février), avec une production à son plus bas niveau historique et des nouvelles commandes au niveau du printemps 2009. La confiance des entreprises manufacturières dans l'enquête Istat a également chuté rapidement en mars, avec des opinions sur les commandes en forte baisse et des stocks en accumulation (en raison d'une très forte baisse de la demande). En outre, les entreprises du secteur des services affichent la baisse la plus importante (-18% par rapport à février), en raison d’une chute sévère des anticipations de commandes. La confiance dans le secteur du commerce de détail est aussi en repli de 9%, en raison d’une dégradation des anticipations des ventes, tandis que le recul dans la construction a été plus contenu, de 2%, expliqué par la dégradation des opinions sur les commandes et des perspectives d’emploi.

La production industrielle en février a baissé de 1,2% sur le mois précédent. Selon l’enquête menée par Confindustria dans l’industrie, la production industrielle en mars aurait chuté de 16,6% sur un mois et de 5,4% au premier trimestre. La variation mensuelle aurait été la plus prononcée depuis les années 60. Les perspectives sont encore plus sombres : la production pourrait baisser de 15% au deuxième trimestre. Les commandes, en effet, seraient également en baisse, de 7,6% en mars (-12,6% sur un an).

Aussi, les données des nouvelles immatriculations font ressortir une nette baisse du volume des véhicules neufs enregistrés au mois de mars (-82% du nombre de voitures immatriculées, soit 28 000 véhicules immatriculés contre 163 000 le mois précédent).

Toutes les données significatives disponibles au 8 avril permettent de prévoir une évolution du PIB de -1,5% sur le deuxième trimestre et de -2,8% au troisième trimestre. Néanmoins, les données disponibles sont, pour l’instant, principalement des enquêtes de confiance. La publication prochaine de données d’activité pourrait révéler une baisse bien plus importante de l’activité.

Impact sévère sur les services et l’industrie.

Si les données d’activité concernant les mois de février et mars ne sont pas encore disponibles, les différentes fédérations ou associations sectorielles commencent à fournir des informations sur l’étendue de l’impact des mesures de confinement et de fermeture des sites. Selon Istat, les activités de 2,2 millions d'entreprises sont suspendues à l’heure actuelle (49% du total, 65% dans le cas des entreprises exportatrices), soit 7,4 millions de travailleurs à l’arrêt (44,3% du total).

En ce qui concerne le secteur de la construction (4% de la valeur ajoutée totale), l’ANCE (principale association des entreprises du secteur) signalait le 13 mars que 70% des chantiers étaient fermés face à l’impossibilité de fournir des éléments de protection pour les salariés. Cependant, le décret du 22 mars a définitivement arrêté toute activité à l'exception des oeuvres d’ingénierie civile et de l'installation de systèmes électriques et de plomberie (et de certains autres travaux et installations de construction). 61% des travailleurs du secteur seraient concernés (soit 800 000).

Le secteur des services est bien évidemment le premier à être pénalisé par les mesures de confinement prises par le gouvernement. Jusqu'à il y a quelques mois, les services représentaient la partie la plus résistante du système économique, capable d'amortir, au moins en partie, la contraction de l'activité manufacturière (les services représentent environ 66% de la valeur ajoutée du pays contre 18% pour l’industrie). Les premières semaines, les mesures initiales de confinement ont frappé plus durement les services : dans un premier temps, les activités de récréation, culture et loisirs (4% de la VA), qui ont été totalement arrêtées, et ensuite celles liées plus étroitement au tourisme (l’hébergement et la restauration, environ 4% de la VA, et le transport de passagers, 5%).

Le 4 mars, Confturismo estimait à 31 millions le nombre de touristes en moins en 2020, soit une perte de 7,4 milliards d’euros pour le secteur. L’impact sera certainement plus considérable.

A partir du 11 mars, les secteurs du commerce de gros et de détail (12% de la VA) ont également été touchés par les mesures de confinement appliquées au niveau national, ce qui représente un coup sévère pour la consommation.

Le 26 mars, Confindustria estimait la réduction de la consommation des ménages à 52 milliards d’euros (3% du PIB) en 2020, sous l’hypothèse d’une reprise totale de l’activité en octobre. L’étude anticipe une réduction de la consommation de 11% pour les articles d’habillement, de 21% pour l’hébergement et la restauration et de 12,7% pour les transports.

Pour l’Istat, la contraction de la consommation des ménages en biens, services et tourisme causée par une limitation des activités jusqu’à la fin avril engendrerait une réduction de la consommation de 4,1% et une baisse de la valeur ajoutée de 1,9%, avec une baisse de la valeur produite par l’hôtellerie et restauration de 11,3%, et par le commerce, les transports et la logistique de 2,7%.

L’impact sur le commerce est important mais doit être relativisé par le fait que la consommation des ménages comprend 47% de dépenses non compressibles et que 67% de l’activité du secteur du commerce est concerné par ces dépenses incompressibles.

L'impact serait limité dans le secteur bancaire, financier et des assurances, le secteur des technologies, de l'information et des communications, et pour certaines activités professionnelles et de support car la plupart de ces activités peuvent être effectuées à distance. En effet, les entreprises du secteur de l'information et de la communication pourraient bénéficier d'une augmentation de l'activité.

L'industrie manufacturière, dans un premier temps moins impactée que les services, a été durement touchée par le décret du 22 mars (ainsi que par l'affaiblissement de la demande) mais les fermetures des sites de production avaient déjà commencé avant, notamment dans l’industrie automobile, mécanique et de l’électroménager. Ces fermetures ont alimenté des tensions entre les industriels, qui risquent de se voir exclus des chaînes de production étrangères (surtout en Allemagne) en cas de non-respect des délais de livraison, le gouvernement et les syndicats, qui plaident pour le confinement strict afin de contenir la propagation du virus. Le décret du 22 mars aura les conséquences les plus lourdes, notamment en ce qui concerne les filières de la mécanique, de l’automobile, de l’électroménager.

Selon Federmeccanica, 93% des entreprises de la filière mécanique est à l’arrêt (1,4 million de salariés). L’ampleur du blocage industriel est donc extrêmement importante. La consommation d’électricité (-7% pour la semaine du 11 au 16 mars par rapport à la semaine précédente) suggère que l’ampleur de l’impact sera considérable.

Selon la Fondation des consultants du travail, 7,8 millions de salariés sont à l’arrêt du fait de ce décret, soit une augmentation de 5,8 millions de travailleurs par rapport au décret du 13 mars, qui concernait principalement le commerce et les services. Ainsi, 34,8% des travailleurs seraient à l’arrêt, 27,2% continueraient à exercer leurs activités dans les domaines considérés comme essentiels et les 38% restant demeureraient actifs dans les secteurs qui pourraient potentiellement continuer à opérer. Le blocage de l’activité est concentré dans le nord : 56 travailleurs sur 100 seraient bloqués dans cette région (20 en Lombardie), 20 dans le centre du pays et 24 dans le sud.

L’impact sur la solvabilité des entreprises non financières est difficile à mesurer à ce stade, mais Cerved, agence de notation et de consulting de référence sur les conditions des entreprises, prévoit une perte entre 270 Mds € et 650 Mds € du chiffre d’affaires en fonction de la durée du confinement. Avec une hypothèse de fermeture jusqu’à fin mai, les entreprises italiennes perdraient 7,4% de leurs revenus en 2020 et 6,8% des entreprises encourraient un risque de défaut.

Quant à l’ampleur de l’impact sur le PIB, elle est estimée à -9,7%dans le casoù l’activité reprendrait fin avril, et à -16,8% dans le casoù l’activité reprendrait fin mai. Les secteurs qui présentent les contributions négatives les plus importantes sont la construction (qui induirait une réduction de 0,9% sur la valeur ajoutée totale en cas de reprise fin avril), l’habillement (-0,9%), la production de machines et appareils mécaniques (-0,8%), l’hébergement et la restauration (-0,7%) et la production de véhicules (-0,7%).

 

Source : Études Économiques - Groupe Crédit Agricole S.A.

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