Conjoncture économique

À court terme, le gouvernement s’occupera à répondre à l'épidémie de coronavirus, plutôt que de s'attaquer aux lacunes structurelles du Mexique. Jusqu'à présent, le gouvernement a recommandé une quarantaine et une certaine protection de l'emploi pour les travailleurs du secteur formel. Bien que le nombre de cas continuait d'augmenter, le gouvernement a entamé une réouverture progressive le 18 mai 2020, certains secteurs clés tels que l'industrie manufacturière, l'exploitation minière et la construction ont été autorisés à cette date à reprendre leurs activités. Jusqu'à présent, le soutien du gouvernement a été destiné aux  populations les plus pauvres du Mexique. Le Président s'est engagé à améliorer les conditions de vie de ce groupe de la population. Depuis son arrivée au pouvoir en 2018, il a mis en œuvre une augmentation cumulée de 39 % du salaire minimum, à 123,2 MXN (5 USD) par jour. Pour lutter contre la pandémie, l'administration a affecté 10 milliards USD de dépenses publiques vers des programmes visant à aider les plus pauvres, bien que cela se soit fait au détriment d'une austérité renforcée dans les salaires dans le secteur public. Le gouvernement n'a pas encore annoncé de mesures de soutien économique aux entreprises ou aux travailleurs. Cela sera particulièrement important pour les travailleurs du secteur informel du Mexique, qui représentent environ 60 % de la population active. Les États ont proposé de suspendre le paiement des impôts des entreprises, et le puissant groupe d'entreprises mexicain, le Consejo Coordinador Empresarial, a accepté d'accorder 12 milliards USD de prêts de la BID Invest (qui fait partie de la Banque interaméricaine de développement) pour aider les petites et moyennes entreprises (PME) mexicaines à surmonter la crise.
La pandémie de coronavirus aura un impact économique énorme sur le Mexique. Les données du PIB réel du premier trimestre ont montré une contraction de 1,2 % en termes trimestriels corrigés des variations saisonnières. Cette évolution sera due à une forte contraction de la consommation et de l'investissement privés et à une augmentation modeste de la consommation publique dans un contexte de relance attendue. Sur une base trimestrielle, la contraction sera particulièrement forte au deuxième trimestre, car les mesures de lockdown et la faiblesse de la demande mondiale extérieure ont porté un coup sévère à l'économie. La demande extérieure et intérieure devraient rester faibles jusqu'à l'été, étant donné la réponse relativement tardive du pays à la crise. La croissance devrait rester faible, étant donné la lenteur de la reprise des chaînes d'approvisionnement mondiales dans le secteur manufacturier, dans le secteur touristique aussi, une faible reprise des envois de fonds (remesas) des travailleurs mexicains à l’étranger et la faiblesse persistante de la confiance des investisseurs. Les analystes supposent que les réformes structurelles mises en œuvre ces dernières années n'atteindront pas leur plein potentiel, en raison des faiblesses institutionnelles et des priorités politiques du président. La faiblesse des investissements publics et les niveaux élevés de pauvreté freineront également la croissance. Du côté de l'offre, la fabrication axée sur l'exportation est menacée par d'éventuelles mesures protectionnistes des États-Unis, bien que la ratification de l'USMCA lève certaines incertitudes. Les perspectives à plus long terme de l'industrie manufacturière orientée vers l'exportation restent bonnes, compte tenu des bas salaires, de la main-d'œuvre relativement qualifiée et de la forte intégration dans les chaînes de valeur américaines. Le secteur de l'énergie sera stimulé par les réformes et l'augmentation de la production.

Les investissements seront durement touchés par la crise, surtout si l'on tient compte du fait que l'incertitude persiste en ce qui concerne les droits contractuels, l'État de droit, l'élaboration de la politique économique et l'environnement des entreprises. Le président a eu recours à des référendums sur plusieurs questions politiques et projets d'investissement. Ceux-ci ont mené à l’annulation de quelques projets d'investissement de plusieurs milliards USD. La santé financière de Pemex, la compagnie pétrolière nationale, pèse également sur les perspectives. La dette de la société a été déclassée en "junk" par Moody's en avril 2020, après un déclassement par Fitch en juin 2019.

La pandémie mettra à rude épreuve les finances publiques en 2020 et en 2021, compte tenu des mesures de relance du gouvernement et la baisse des recettes dans un contexte économique faible. Selon les prévisions, le déficit budgétaire  devrait se creuser, passant de 1,7 % du PIB en 2019 à 4,6 % du PIB en 2020. La crise, et les problèmes liés à Pemex devraient provoquer une augmentation rapide du ratio dette publique / PIB, qui sera exacerbée par la récente dépréciation du peso mexicain. La dette publique devrait passer de 47,1 % du PIB en 2019 à 58,9 % du PIB en 2020. Le gouvernement ne devrait pas avoir de mal à répondre à ses besoins de financement, mais ces derniers pourraient lui coûter plus cher au fur et à mesure que les conditions locales se détériorent. En novembre 2019, le FMI a renouvelé pour deux ans une ligne de crédit flexible (FCL) de 61 milliards USD, que le gouvernement devrait utiliser dans le cadre de la crise actuelle.

Compte tenu des taux d'intérêt réels élevés (en comparaison régionale), la Banque centrale du Mexique dispose d'une marge de manœuvre pour utiliser la stimulation monétaire afin d'aider à combattre les retombées économiques de la pandémie de coronavirus. Lors de sa réunion d'avril, Banxico a proposé un certain nombre de mesures de relance s'élevant à 30 milliards USD pour soutenir l'économie, notamment une augmentation des liquidités, une facilité de rachat d'obligations de sociétés et des prêts aux entreprises. Banxico a commencé aussi à utiliser une ligne de swap de 60 milliards USD avec la Réserve fédérale américaine depuis mars 2020. 

La baisse des prix des exportations mexicaines, la chute spectaculaire des arrivées de touristes et la diminution des envois de fonds depuis les États-Unis dans le contexte de la pandémie vont aggraver le déficit des comptes courants du Mexique, qui passera de 0,2 % du PIB en 2019 à 2,7 % du PIB en 2020, malgré les prévisions de forte compression des importations. Le Mexique dispose néanmoins d'un solide coussin de réserves étrangères et, bien qu’ une baisse des réserves soit prévue en 2020, celles-ci devraient encore fournir environ quatre mois de couverture des importations entre 2020-et 2024.

 

Source : Country Report June 2020 - www.eiu.com - © Economist Intelligence Unit Limited 2020 - traduction libre de l’AWEX à la date du 18 juin 2020 (ala)


 

L'Union européenne conclut un accord de libre-échange avec le Mexique

Le 28 avril 2020, l'Union européenne et le Mexique ont finalisé les négociations d’un nouvel accord commercial. Celui-ci remplacera celui conclu en 2000. Parmi les avancées majeures, on notera l’élimination des droits de douane élevés imposés par le Mexique sur les produits alimentaires et les boissons en provenance de l’UE et la possibilité de vendre davantage de services au Mexique. L’accord contient également des dispositions relatives à la suppression de barrières non tarifaires, la protection de la propriété intellectuelle, la baisse de droits de douane sur d’autres produits,  la protection des indications géographiques, les investissements, l’environnement, le droit du travail et l’accès aux marchés publics. L’accord n’entrera en vigueur qu’après l'achèvement des procédures de ratification respectives par les deux partenaires commerciaux, à savoir en ce qui concerne l’EU :  la vérification juridique du texte, sa traduction et son approbation par les Etats membres et le Parlement européen.

Le bureau de l’AWEX Mexico a rédigé un rapport sur cet accord et les perspectives qu’il représente  pour les entreprises wallonnes. Vous pouvez le consulter en cliquant sur ce lien.

 

En savoir plus

Le nouvel ALENA : USMCA

L’Accord États-Unis-Mexique-Canada » (USMCA) a été conclu dans son principe le 1er octobre 2018 pour se substituer à l’ancien Accord de libre-échange nord-américain  (ALENA) signé en 1994 qui venait à échéance. Après de longs mois de tergiversations et négociations, le Président Trump a finalement signé, le 29 janvier 2020, le nouveau traité qui le lie à ses voisins canadiens et mexicains.

Cet accord de libre-échange élargira la portée de l'ALENA. Une grande partie du nouvel accord est axée sur l'approfondissement de l'intégration fondée sur des règles et la modernisation sur le modèle du Partenariat Transpacifique et d'autres accords commerciaux conclus par les États-Unis. Plutôt que d'étendre l'accès au marché pour le commerce des marchandises - l'Amérique du Nord étant déjà presque entièrement exempte de droits de douane - l'accord met  l'accent sur l'accès réglementaire aux marchés, l'environnement, la propriété intellectuelle, les marchés publics, le règlement des différends, le commerce des services et d'autres domaines qui n'étaient pas inclus dans l'accord de 1994, comme par exemple le commerce électronique. Les dispositions relatives à la main-d'œuvre seront révisées, le Mexique acceptant d'adopter des lois visant à élargir la représentation syndicale et d'étendre la protection des femmes et des travailleurs migrants. Les réglementations  environnementales seront également harmonisées, avec des exigences plus strictes. en particulier au Mexique. Par exemple, l'accord contient des dispositions interdisant d'encourager l'investissement ou le commerce en affaiblissant la protection de l'environnement. Dans l'ensemble, l'amélioration de la cohésion réglementaire profitera probablement aux flux commerciaux au cours des prochaines années. 

Le secteur automobile
Dans l'immédiat, le nouvel accord de l'USMCA n'apporte que peu de changements, car les constructeurs automobiles conserveront leur accès au marché nord-américain. De plus, l'accord contient une clause exemptant les entreprises mexicaines et canadiennes des droits de douane (de défense nationale) proposés sur toutes les importations d'automobiles américaines, si elles sont mises en œuvre par les États-Unis.

Des défis plus importants sont encore à venir avec l'introduction progressive des nouvelles règles d'origine, le contenu nord-américain requis d'un véhicule passant de 62,5 % à 75,0 %.De plus, 40,0% des véhicules vendus dans la région doivent provenir d'un marché dont les salaires sont de 16 USD/heure ou plus. Il s'agit d'un effort direct de la part des négociateurs américains pour encourager le mouvement de la production vers les États-Unis ou le Canada à partir du Mexique où les salaires sont plus bas. Ces deux aspects des nouvelles règles entraîneront une augmentation des coûts globaux pour les constructeurs automobiles du bloc commercial, car ils seront contraints d'utiliser des composants d'origine régionale plutôt que des intrants plus compétitifs en provenance d'Asie. Ceux qui ont des activités de production au Mexique devront également augmenter considérablement leur masse salariale pour maintenir un accès en franchise de droits au marché américain. 
Les nouvelles règles d'origine pourraient accélérer l'adoption de l'automatisation dans les usines de production mexicaines plutôt que de créer de nouveaux emplois. C'est déjà l'un des moteurs de la réduction du nombre d'emplois dans le secteur manufacturier aux États-Unis et nous pourrions voir le Mexique commencer à suivre la même tendance en raison de son développement en tant que base industrielle majeure. 

L’agro-industrie
La structure actuelle des échanges agricoles restera en grande partie intacte, étant donné le caractère relativement mineur des changements inclus dans l'accord. La signature de cet accord éliminera en grande partie des risques à la baisse pour la production agricole à long terme de la région, qui est fortement dépendante des flux commerciaux transfrontaliers. Le Canada et le Mexique sont les premier et troisième marchés en importance pour les exportations agro-industrielles américaines et les deux pays représentent ensemble 26,4 % (32,0 milliards USD) du total des exportations des États-Unis en 2017. Le nouveau pacte maintiendra les droits de douane nuls de l'ALENA sur tous les produits alimentaires et agricoles. Cela éliminera le risque d'inflation des prix des denrées alimentaires au Mexique, premier importateur de céréales et de produits laitiers des États-Unis et acheteur important de coton et de viande des États-Unis.
L'USMCA n'apporte aucune solution aux droits de douane récemment imposés, qui posent des risques continus à la baisse pour la production agricole américaine. En attendant la suppression des droits de douane américains sur les importations d'aluminium et d'acier imposés en juin 2018, le Canada maintient les droits de douane sur les produits de bœuf préparés des États-Unis (la viande représente 13,6 % des exportations agricoles des Etats-Unis contre 3,7 % pour les produits laitiers) et le Mexique maintient les droits sur le fromage et le porc américains. Le Mexique est le deuxième importateur de viande de porc américaine, avec 1,2 milliard USD d'exportations américaines en 2017, et le premier importateur de fromage américain, qui représente 391 millions USD d'exportations américaines. 

Le secteur de l’énergie
Les clauses de règlement des différends favorisent le commerce et l'investissement dans le secteur de l'énergie. Bien que le commerce des biens énergétiques ne soit pas explicitement inclus dans l'USMCA, le soutien à l'arbitrage entre Investisseur et État dans le secteur soutiendra dans le futur les flux d'investissements étrangers. En effet, les dispositions du chapitre 11 de l'ALÉNA relatives au règlement des différends entre investisseurs et États (ISDS) demeureront en grande partie inchangées pour les projets pétroliers, gaziers et de production d'électricité, ainsi que pour les investissements dans les transports et les télécommunications. Ces industries seront exemptées d'un certain nombre de nouvelles restrictions applicables à la protection des investissements entre les États-Unis et le Mexique en vertu de l’USMCA. Cela comprend une exigence plus stricte en matière de recours internes, en vertu de laquelle les requérants doivent d'abord s'adresser aux tribunaux nationaux du défendeur et attendre un jugement définitif avant de déclencher une procédure ISDS. 
Cela élimine un risque important pour les investissements énergétiques entre les États-Unis et le Mexique. Bien que le processus de libéralisation soit bien engagé, les investisseurs américains ont fait valoir que les longs délais d'exécution des projets nécessitent des protections qui offrent une sécurité dans les périodes de transition politique.

Février 2020

Statistiques des échanges commerciaux avec la Wallonie 

Exportations de la Wallonie à destination du Mexique (2019)

Le Mexique occupe le 41ième rang dans le classement mondial des clients de la Wallonie.  
Si nous prenons en compte uniquement les clients de la Wallonie sur le continent américain, le Mexique se trouve en 5ième position derrière les Etats-Unis (1er), le Canada (2ième), le Brésil (3ième), la Colombie (4ième) et devançant l’Argentine (6ième), le Chili (7ième), le Pérou (8ième), l’Equateur (9ième) et le Panama (10ième).  
Son poids dans le total mondial des exportations wallonnes s’élève à 0,18 %.  
En 2019, les exportations wallonnes à destination du Mexique se sont élevées à 90,12 millions d’euros, ce qui représente une baisse de 32, 9% par rapport à 2018.

 

Secteurs des exportations wallonnes vers le Mexique

Variation
2015/2014 : +23,9%
2016/2015 : +49,9%
2017/2016: -4,1%
2018/2017: -10,0%
2019/2018 : -32,9%

 

Importations de la Wallonie depuis le Mexique (2019)
Le Mexique se situe au 20ième rang dans le classement mondial des fournisseurs de la Wallonie.
Si nous prenons en compte uniquement les fournisseurs de la Wallonie sur le continent américain, le Mexique se trouve en 2ième position derrière les Etats-Unis (1er) et devançant le Canada (3ième), le Brésil (4ième), le Venezuela (5ième), le Honduras (6ième), l’Equateur (7ième), le Nicaragua (8ième), l’Argentine (9ième) et le Chili (10ième).

Son poids dans le total mondial des importations wallonnes représente 0,48%.   En 2019, les importations wallonnes en provenance du Mexique se sont élevées à 183,76 millions d’euros, ce qui représente une hausse de 30,5% par rapport à l’année 2018.

Secteurs des importations wallonnes depuis le Mexique :

 

Variation
2015/2014 : +35,2%
2016/2015 : +0,3%
2017/2016 : -55,5%
2018/2017 : -8,7%
2019/2018 : +30,50

La balance commerciale est défavorable pour la Wallonie (-93,64 millions d’euros).

 

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