Conjoncture économique

 

L'économie mexicaine est la deuxième d'Amérique latine et compte parmi les plus ouvertes du monde, avec 13 accords de libre-échange couvrant plus de 50 pays. Elle est fortement intégrée à l'économie américaine, ce qui la rend vulnérable aux variations du cycle économique américain. Le président, Andrés Manuel López Obrador, du Movimiento Regeneración Nacional (Morena), reste populaire, malgré une mauvaise réponse au coronavirus. Face à une opposition faible, le Morena devrait conserver sa majorité lors des élections de mi-mandat de juin 2021. Le programme de politique énergétique du gouvernement constituera un défi majeur en 2021-2022.

M. Lopez Obrador s'efforcera de placer les revenus financiers provenant des ressources naturelles et du secteur énergétique du pays sous le contrôle de l'État. Cette situation devrait tempérer l'intérêt des investisseurs et générer de l'incertitude. La demande intérieure restera faible en raison de l'absence de mesures de relance budgétaire durant la récession de 2020 due à la pandémie. Même si la croissance économique sera soutenue par une reprise vigoureuse aux États-Unis, le PIB ne retrouvera pas son niveau de 2018 avant 2023. Un contexte d'excès de liquidités mondiales, de hausse des prix du pétrole et de conditions budgétaires favorables, ainsi que les avantages du carry trade, soutiendront l'appréciation de la monnaie à court terme. Les risques externes seront également contenus par un important excédent commercial. La réponse de la politique budgétaire du Mexique à la pandémie a été l'une des plus faibles parmi les marchés émergents. Si cecii a écarté une détérioration majeure de la dynamique budgétaire et de la dette publique par rapport aux autres pays, cette situation pèsera néanmoins sur la croissance de la consommation au cours de la période 2021-2025.

Un des défis de taille qui se présente au gouvernement sera de décaler le programme politique après la crise de coronavirus. Même si 100% de la population s’est engagée en faveur de la vaccination, les cas de coronavirus et les décès ne cessent d’augmenter (de manière plus progressive, cependant, que lors de la flambée de cas en janvier 2021). Le programme de vaccination du gouvernement a débuté. En mars 2021, près de 5% de la population avait déjà reçu une première dose. Le Mexique devrait atteindre l’immunité collective d’ici mi-2022, bien qu’un processus accéléré de vaccination aux États-Unis pourrait libérer des doses supplémentaires pour le Mexique, accélérant par conséquent l’immunisation.

Les progrès accomplis dans le programme de vaccination renforceront la confiance investie dans la reprise économique, mais une politique économique austère en réponse à la pandémie en 2020 et 2021 pèsera sur cette reprise. En 2020, les mesures de relance budgétaire du gouvernement représentaient à peine 1% du PIB, un pourcentage très faible en comparaison avec les 15% du Pérou, les 14,5% du Brésil et les 10% du Chili. Aucune mesure significative ne devrait être prise en 2021, aggravant davantage les préjudices à l’encontre des revenus des ménages et du bilan comptable des entreprises ; 20% des micro, petites et moyennes entreprises (PME) mexicaines, qui emploient près de 3 millions de personnes, auraient définitivement cessé leurs opérations. Selon l’Institut national des statistiques, plus de 90% des entreprises n’ont reçu aucune aide de l’État, même si la crise du coronavirus a eu de graves répercussions sur près de 85% d’entre elles.

Alors que l’économie est en déclin, des aides qui revêtiraient la forme d’améliorations dans le secteur des affaires sont peu envisageables. Le gouvernement tentera de travailler de concert avec le secteur privé pour stimuler l’investissement, mais la position parfois imprévisible du gouvernement en ce qui concerne les droits contractuels, la faiblesse de l’État de droit et le parti pris en faveur des entreprises détenues par l’État dans certains secteurs (en particulier celui de l’énergie) continuera à avoir des conséquences sur le secteur des affaires. M. López Obrador a pris plusieurs décisions politiques qui ont remis en question certaines réformes structurelles et investissements effectués par le passé et, dans une tentative de retour à l’élaboration de politiques de base, très populaires auprès de ses partisans, il continue à montrer une propension à la consultation populaire afin de prendre certaines décisions politiques. Cette méthode discrédite les institutions officielles de l’État et nuit à la confiance des entreprises dans les droits contractuels à long terme et la prévisibilité politique. Dans le même temps, le gouvernement ne devrait pas accomplir de progrès considérables dans les questions épineuses de longue date telles que les résultats scolaires médiocres, les faibles taux de pénétration bancaire, la faible concurrence dans certains secteurs nationaux et les niveaux élevés d’emploi informel.

La santé financière de Pemex pèsera également sur les perspectives politiques. En avril 2020, l’agence Moody’s a relégué la dette de l’entreprise au rang de « junk bond » (après un déclassement par Fitch, en juin 2019), une action qui a déclenché une liquidation de la dette et une augmentation des coûts de financement. Néanmoins, M. López Obrador continuera à essayer d’utiliser Pemex comme moteur de développement pour le pays et soutiendra la législation qui accorde un traitement de faveur à Pemex et à d’autres compagnies d’énergie détenues par l’État, aux dépens des acteurs du secteur privé. Le Président devrait faire pression en faveur de modifications règlementaires progressives, plutôt que d’une réforme constitutionnelle pure et simple. Cependant, après les élections de mi-mandat, le gouvernement pourrait décider de mettre en œuvre une réforme constitutionnelle de l’énergie pour infléchir, dès la fin de cette année, les réformes de libéralisation adoptées en 2013.

Une relance rapide aux États-Unis pourrait se traduire par une expansion de l’économie mexicaine en 2021 – le PIB devrait d’ailleurs augmenter de 5,1% – mais plusieurs particularités pèsent sur les perspectives de croissance du Mexique. Premièrement, le manque de mesures de soutien budgétaire majeur pour les consommateurs et les entreprises en 2020 et 2021 entraînera des pertes permanentes de revenus. Dans ce contexte, l’activité des entreprises éprouvera des difficultés à recouvrer les niveaux atteints avant la crise, engendrant des répercussions sur la consommation privée dans un contexte de faible croissance dans le domaine de l’emploi. En outre, la position instable du gouvernement sur l’investissement privé continuera à peser sur la confiance des investisseurs. Elle risque de freiner la relance des investissements, déjà en déclin avant la crise de Covid-19. Dans l’ensemble, le PIB réel ne devrait pas recouvrer les niveaux atteints en 2018 avant 2023.

La croissance du PIB devrait avoisiner 2,3% par an entre 2022 et 2025. Les projections à moyen terme prévoient que les réformes structurelles adoptées par les gouvernements précédents ne devraient pas valoriser pleinement leur potentiel, en raison de failles institutionnelles et d’une confiance fragile des investisseurs due aux tentatives du président de saper la mise en place de ces réformes. La faiblesse des investissements publics et l’extrême pauvreté freineront également la croissance. Du côté de l’offre, l’industrie manufacturière axée sur l’exportation prendra son essor au fur et à mesure que la reprise économique aux États-Unis – soutenue par une nouvelle relance budgétaire en 2021 – s’amorcera ; les perspectives à plus long terme de l’industrie manufacturière axée sur l’exportation restent favorables compte tenu des bas salaires, d’une main d’œuvre relativement qualifiée et d’une profonde intégration dans les chaînes de valeur américaines. Le secteur de l’énergie bénéficiera également de la hausse des prix du pétrole, mais devra faire face aux difficultés relatives à un investissement faible dans un contexte d’incertitude chez les investisseurs privés. Une fois la crise du coronavirus maitrisée, le secteur du tourisme devrait enregistrer de bons résultats, mais d’autres sous-secteurs des services connaitront une croissance plus lente due à une faible concurrence et à la règlementation.

Mise à jour du 12 mai 2021 (ala)

Source: Mexico Country Report April 2021 - www.eiu.com - © Economist Intelligence Unit Limited 2021 (Laurent Weil)

 

L'Union européenne conclut un accord de libre-échange avec le Mexique

Le 28 avril 2020, l'Union européenne et le Mexique ont finalisé les négociations d’un nouvel accord commercial. Celui-ci remplacera celui conclu en 2000. Parmi les avancées majeures, on notera l’élimination des droits de douane élevés imposés par le Mexique sur les produits alimentaires et les boissons en provenance de l’UE et la possibilité de vendre davantage de services au Mexique. L’accord contient également des dispositions relatives à la suppression de barrières non tarifaires, la protection de la propriété intellectuelle, la baisse de droits de douane sur d’autres produits,  la protection des indications géographiques, les investissements, l’environnement, le droit du travail et l’accès aux marchés publics. L’accord n’entrera en vigueur qu’après l'achèvement des procédures de ratification respectives par les deux partenaires commerciaux, à savoir en ce qui concerne l’EU :  la vérification juridique du texte, sa traduction et son approbation par les Etats membres et le Parlement européen.

Le bureau de l’AWEX Mexico a rédigé un rapport sur cet accord et les perspectives qu’il représente  pour les entreprises wallonnes. Vous pouvez le consulter en cliquant sur ce lien.

 

En savoir plus

Le nouvel ALENA : USMCA

L’Accord États-Unis-Mexique-Canada » (USMCA) a été conclu dans son principe le 1er octobre 2018 pour se substituer à l’ancien Accord de libre-échange nord-américain  (ALENA) signé en 1994 qui venait à échéance. Après de longs mois de tergiversations et négociations, le Président Trump a finalement signé, le 29 janvier 2020, le nouveau traité qui le lie à ses deux voisins canadien et mexicain. Le Traité est officiellement entré en vigueur le 1er juillet 2020.

Cet accord de libre-échange élargira la portée de l'ALENA. Une grande partie du nouvel accord est axée sur l'approfondissement de l'intégration fondée sur des règles et la modernisation sur le modèle du Partenariat Transpacifique et d'autres accords commerciaux conclus par les États-Unis. Plutôt que d'étendre l'accès au marché pour le commerce des marchandises - l'Amérique du Nord étant déjà presque entièrement exempte de droits de douane - l'accord met  l'accent sur l'accès réglementaire aux marchés, l'environnement, la propriété intellectuelle, les marchés publics, le règlement des différends, le commerce des services et d'autres domaines qui n'étaient pas inclus dans l'accord de 1994, comme par exemple le commerce électronique. Les dispositions relatives à la main-d'œuvre seront révisées, le Mexique acceptant d'adopter des lois visant à élargir la représentation syndicale et d'étendre la protection des femmes et des travailleurs migrants. Les réglementations  environnementales seront également harmonisées, avec des exigences plus strictes. en particulier au Mexique. Par exemple, l'accord contient des dispositions interdisant d'encourager l'investissement ou le commerce en affaiblissant la protection de l'environnement. Dans l'ensemble, l'amélioration de la cohésion réglementaire profitera probablement aux flux commerciaux au cours des prochaines années 

Le secteur automobile
Dans l'immédiat, le nouvel accord de l'USMCA n'apporte que peu de changements, car les constructeurs automobiles conserveront leur accès au marché nord-américain. De plus, l'accord contient une clause exemptant les entreprises mexicaines et canadiennes des droits de douane (de défense nationale) proposés sur toutes les importations d'automobiles américaines, si elles sont mises en œuvre par les États-Unis.

Des défis plus importants sont encore à venir avec l'introduction progressive des nouvelles règles d'origine, le contenu nord-américain requis d'un véhicule passant de 62,5 % à 75,0 %.De plus, 40,0% des véhicules vendus dans la région doivent provenir d'un marché dont les salaires sont de 16 USD/heure ou plus. Il s'agit d'un effort direct de la part des négociateurs américains pour encourager le mouvement de la production vers les États-Unis ou le Canada à partir du Mexique où les salaires sont plus bas. Ces deux aspects des nouvelles règles entraîneront une augmentation des coûts globaux pour les constructeurs automobiles du bloc commercial, car ils seront contraints d'utiliser des composants d'origine régionale plutôt que des intrants plus compétitifs en provenance d'Asie. Ceux qui ont des activités de production au Mexique devront également augmenter considérablement leur masse salariale pour maintenir un accès en franchise de droits au marché américain. 
Les nouvelles règles d'origine pourraient accélérer l'adoption de l'automatisation dans les usines de production mexicaines plutôt que de créer de nouveaux emplois. C'est déjà l'un des moteurs de la réduction du nombre d'emplois dans le secteur manufacturier aux États-Unis et nous pourrions voir le Mexique commencer à suivre la même tendance en raison de son développement en tant que base industrielle majeure. 

L’agro-industrie
La structure actuelle des échanges agricoles restera en grande partie intacte, étant donné le caractère relativement mineur des changements inclus dans l'accord. La signature de cet accord éliminera en grande partie des risques à la baisse pour la production agricole à long terme de la région, qui est fortement dépendante des flux commerciaux transfrontaliers. Le Canada et le Mexique sont les premier et troisième marchés en importance pour les exportations agro-industrielles américaines et les deux pays représentent ensemble 26,4 % (32,0 milliards USD) du total des exportations des États-Unis en 2017. Le nouveau pacte maintiendra les droits de douane nuls de l'ALENA sur tous les produits alimentaires et agricoles. Cela éliminera le risque d'inflation des prix des denrées alimentaires au Mexique, premier importateur de céréales et de produits laitiers des États-Unis et acheteur important de coton et de viande des États-Unis.
L'USMCA n'apporte aucune solution aux droits de douane récemment imposés, qui posent des risques continus à la baisse pour la production agricole américaine. En attendant la suppression des droits de douane américains sur les importations d'aluminium et d'acier imposés en juin 2018, le Canada maintient les droits de douane sur les produits de bœuf préparés des États-Unis (la viande représente 13,6 % des exportations agricoles des Etats-Unis contre 3,7 % pour les produits laitiers) et le Mexique maintient les droits sur le fromage et le porc américains. Le Mexique est le deuxième importateur de viande de porc américaine, avec 1,2 milliard USD d'exportations américaines en 2017, et le premier importateur de fromage américain, qui représente 391 millions USD d'exportations américaines. 

Le secteur de l’énergie
Les clauses de règlement des différends favorisent le commerce et l'investissement dans le secteur de l'énergie. Bien que le commerce des biens énergétiques ne soit pas explicitement inclus dans l'USMCA, le soutien à l'arbitrage entre Investisseur et État dans le secteur soutiendra dans le futur les flux d'investissements étrangers. En effet, les dispositions du chapitre 11 de l'ALÉNA relatives au règlement des différends entre investisseurs et États (ISDS) demeureront en grande partie inchangées pour les projets pétroliers, gaziers et de production d'électricité, ainsi que pour les investissements dans les transports et les télécommunications. Ces industries seront exemptées d'un certain nombre de nouvelles restrictions applicables à la protection des investissements entre les États-Unis et le Mexique en vertu de l’USMCA. Cela comprend une exigence plus stricte en matière de recours internes, en vertu de laquelle les requérants doivent d'abord s'adresser aux tribunaux nationaux du défendeur et attendre un jugement définitif avant de déclencher une procédure ISDS. 
Cela élimine un risque important pour les investissements énergétiques entre les États-Unis et le Mexique. Bien que le processus de libéralisation soit bien engagé, les investisseurs américains ont fait valoir que les longs délais d'exécution des projets nécessitent des protections qui offrent une sécurité dans les périodes de transition politique.

Août 2020.

Statistiques des échanges commerciaux avec la Wallonie 

 

  1. Exportations de la Wallonie vers le Mexique

Le Mexique occupe le 37ième rang dans le classement mondial des clients de la Wallonie.
Parmi les pays d’Amérique latine et des Caraïbes, le Mexique est le 4ième client de notre région derrière les Etats-Unis, le Canada et le Brésil.
En 2020, nos exportations se sont élevées à 95,22 millions euros, soit 0,20% du total wallon exporté.

Secteurs des exportations

Variations de l’export depuis 2017

Variations des exportations (%)

Wallonie

Belgique

2017/2016 

-4,1

-5,3

2018/2017 

-10,0

+7,9

2019/2018 

-17,9

+3,2

2020/2019

-13,7

-11,2

La part de la Wallonie dans les exportations de la Belgique vers le Mexique est de 11,4%.

2. Importations de la Wallonie depuis le Mexique

Le Mexique se situe au 19ième rang dans le classement mondial des fournisseurs de la Wallonie.
Parmi les pays d’Amérique latine et Caraïbes, le Mexique est le 2ième fournisseur de notre région derrière les Etats-Unis et devant la Canada.
En 2020, nos importations se sont élevées à 174,34 millions d’euros, soit 0,49% du total wallon importé.

Secteurs des importations

Variations de l’import depuis 2017 (%)

Variations des importations (%)

Wallonie

Belgique

2017/2016 

-55,5

-3,5

2018/2017 

-8,7

-3,2

2019/2018 

+30,6

+3,7

2020/2019

-5,2

-9,9

La balance commerciale est défavorable pour la Wallonie (79,13 millions EUR).

 
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